Elle était derrière moi, dans la file pour la 100, ce matin. Elle était habillée légèrement; sandales noires, jupe ample noire, petit top noir et fichu noir et blanc porté en foulard. Il faisait très beau; c’était la première fois de la saison que j’étais sorti sans manteau. Nous venions de sortir du métro, elle et moi, où nous étions dans le même wagon; je l’avais trouvé belle, encore. Nous attendions l’autobus en avant de la file, parce que le véhicule précédent nous avait filé sous le nez. Nous avions donc sept ou huit minutes à attendre. Être si près d’elle pendant si longtemps, me rendait nerveux. J’ai pensé : «A va met’ le feu». Je ne savais pas si je pouvais me retenir de faire une connerie pendant un intervalle si long. Chaque fois que je la vois, un combat intérieur se déclenche : Dois-je la regarder ou pas? Finalement je ne réussis jamais à me retenir; Sti qu’est trop belle!
Aujourd’hui, j’ai pu voir ses bras nus. Comme je ne les ai pas vus de l’hiver, je les revoyais pour la première fois. Elle a une peau d’une blancheur d’ange des neiges. Ses bras, bien en chair de l’épaule au coude, se terminent plus finement, par de doigts gracieusement ciselés et lisses. J’la mangerais tout rond! Quand elle se tournait vers l’avant de la file, je ne pouvais que trop furtivement regarder la forme de ses seins et la peau de son cou, car, n’y tenant pas, je me retournais vers l’avant également, en me mordant la lèvre inférieure. «Sti qu’est belle!» était le seule phrase que mon cerveau pouvait produire, en boucle. Ensuite, j’attendais patiemment qu’elle se tourne vers l’arrière pour faire de même. Je pouvais ainsi, en sondant ses vêtements, imaginer la volupté de ses cuisses, de ses fesses, de ses hanches. Je l’aurais pris à pleine main! Puis, elle s’est retournée dans ma direction, et sachant que je la regardais ou ayant un petit frisson, elle a déplié son fichu pour qu’il couvre ses bras. Je me suis tourné à demi, pour pouvoir quand même garder une option sur son visage encombré de grosses lunettes fumées et d’écouteurs format géant qui ne favorisent pas vraiment la prise de contact. Je pouvais entrevoir ses lèvres juste assez charnues et ses cheveux que je croyais noirs avant ce matin : ils sont en fait parsemés de tons plus pâles. Je me suis demandé : «J’aurais tu le guts d’y parler si elle avait pas ça su’a tête?». Pour ne pas avoir l’air de trop la regarder, mon regard pouvait aussi se poser sur ses pieds dont les mignons ongles d’orteils étaient peints.
Quand nous sommes entrés dans le bus carré qui venait d’arriver, elle s’est assise sur le dernier banc de la rangée de sièges individuels, qui est du côté gauche de l’autobus. Moi, je me suis installé sur le long banc de côté qui est à l’arrière, tout juste à côté de la sortie. L’autobus s’est rempli, et tous ces gens debout nous ont séparés. J’ai ouvert mon Dosto et comme je ne la voyais plus, j’ai réussi à me concentrer sur ma lecture. J’ai pu le faire jusqu’à ce que, les gens debouts étant descendus, je m’aperçoive qu’elle avait dégarni sa tête de ses écouteurs et de ses lunettes. Elle attisait le feu. Entre deux phrases, je lui jetais de furtifs regards, dans l'intention que mes yeux croisent les siens, par hasard…Lorsqu’elle s’est levée, pour descendre à l’arrêt suivant, elle ne me voyait pas. Je l’ai suivi des yeux; je me suis imprégné de son image, de la tête aux pieds. Sti qu’est belle! Elle ne s’est jamais retournée et elle est descendue. Est-ce qu’un mâle ordinaire comme moi peut se permettre tant de largesse sans en subir les conséquences? J’aimerais trouver les mots parfaits à lui écrire sur un bout de papier. Et même si je les trouvais, accepterais-t-elle de les prendre de ma main? Voudrais-t-elle les lire? Sti qu’est trop belle!
Quand je suis arrivé chez-moi, ce soir, j’ai écrit sur un billet : «Le soleil, aujourd’hui, m’a dit que s’il s’était immiscé dans vos cheveux, c’était dans le dessein que vous lui appreniez à rayonner». J’ai plié soigneusement le papier et l’ai foutu dans ma poche. Je la reverrai peut-être dans quelques semaines, quelques mois ou qui sait, jamais. Le pire dans tout cela, c’est que même si je la recroise, ce bout de papier demeurera dans mes poches de jeans et il passera à la laveuse, encore, encore, encore.
Sti qu’est belle!
Va donc la voir.
RépondreSupprimerEn tout cas, j'aimerais ça être belle de même! ;)
RépondreSupprimerComme ça c'est pas juste moi qui est comme ça.
RépondreSupprimerEt si tu lui disais : Je te trouve belle.
RépondreSupprimer??
Je l'ai abordé ce matin, mais elle a éternué; Elle est allergique.
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