Voilà enfin le soleil qui nous fait grâce des ses rayons; Il n’a pas été très généreux ce printemps, alors il est plus que bienvenue dans notre ciel. Les morons de météomédia nous l’avaient promis, mais je ne crois pas trop à l’astrologie. Quand, ce matin, je me suis réveillé, les nuages prenaient toute la place; j’ai donc cru que c’était foutu. Mais, heureusement, le beau temps semble vraiment s’installer pour la journée.
Alors, je prépare mon sac à dos. J’y fourre ma couverte de chien-chien, mon petit cahier de gribouillage, mon crayon préféré, mon Dostoievski du moment, un paquet de cigarettes d’indiens, mon I-pod (au cas ou je ne voudrais que me laisser planer), mon téléphone (au cas ou je voudrais répondre), une petite bite de hash et l’incontournable bouteille d’eau. Je voudrais bien y insérer aussi Megan, comme lorsqu’elle était petite. Mais, je risquerais fort de me faire griffer jusqu’au sang si j’insistais. Elle ne comprend pas mon but la pauvre petite. Je suis obligé, à contre cœur, de la laisser derrière moi.
Donc, étant prêt, je sors avec mon vélo de montagne et je verrouille ma porte. Ce faisant, je me rends compte que quelqu’un emménage à côté de chez-moi. J’espère que ce sera une mignonne jeune femme; il y a tellement trop de gars dans le quartier. En descendant les huit marches de mon escalier, j’écoute subtilement les conversations pour deviner qui de ces jeunes gens deviendra mon ou ma voisine. Or n’ayant pas la journée à perdre, j’enfourche mon vélo et commence à remonter l’avenue des écureuils fous, en laissant cette question sans réponse. Je n’ai que deux petits coins de rue à pédaler avant d’arriver au parc Molson, mon parc.
Arrivé à destination, j’étends ma couverte à l’effigie d’un dalmatien, j’allume une cigarette et ouvre mon cahier. Je commence à écrire. J’écris les mots que vous lisez en ce moment-même. Je ne connais pas encore la suite. Je laisse l’encre couler de mon crayon. Pourquoi le fais-je? Je n’en sais rien. Pour faire quelque chose? Pour meubler l’ennui? Pour être quelqu’un? Pour laisser une trace? Je n’en ai aucune idée. Comme je n’avais pas de sujet avant de noircir ces pages, je vais tenter de décrire ce que je vois tout en commentant et nous verrons bien ce qui en résultera.
La première chose qui saute aux yeux est évidemment l’étendue de la verdure; comme la plupart des gens, c’est ce qui m’attire ici. Entre le vert et le gris, sans conteste, je choisi le vert qui fera disparaître tout ce vert de gris accumulé durant l’hiver gris. Le sol est tapissé d’herbe et de trèfles. Il y a sûrement un trèfle à quatre feuilles dissimulé en quelque part, mais je n’ai pas envie de le chercher; je ne désire pas faire ma chance. Aussi, le parc est parsemé de différentes variétés d’arbres dont je ne peux vous dire les noms. Lorsqu’une bourrasque de vent se manifeste, des milliers d’hélicoptères s’envolent en une pluie magique, qui nourrira les cu-cus. Ces derniers gambadent en quête des fruits qui se cachent à la base de ces hélicos. Je croyais, bêtement, que les écureuils ne se nourrissaient que des noix que nous pourrions leurs offrir. Quel naïf je fais. Il y a aussi des bancs vides et d’autres occupés par des contemplatifs, ou des vieux couples se remémorant le temps de leur jeunesse ou ils venaient s’embrasser, ici, pour la première fois.
Au milieu de la place, trône une statue laide qui ne représente rien de précis à mon avis. Certains «artistes» font n’importe quoi et tentent ensuite de nous faire avaler que ça représente quelque chose de concret. Il n’y a probablement que l’acheteur en art de la ville de Montréal qui comprend ce que ça représente, et il est probablement un ami de l’artiste. Selon moi. c’est de la merde.
Tout autour du parc, il y a le cinéma Beaubien qui est un des derniers bastions du cinéma répertoire. Des bistros, des cafés et des restaurants ont également pignon sur rue du côté sud du parc. On retrouve aussi, et en majorité, sur le pourtour, des logements à 2000 piastres, dont je ne peux que rêver. À bien y penser, je me dis que c’est imbécile de payer si cher pour un appartement que je paye le quart du prix, à deux petits pas d’ici.
Mais, par-dessus tout, il y a des gens. Et, étrangement, contrairement à tous les autres quartiers de Montréal, il n’y a que des blancs francophones d’ascendance catholique. Le quartier est comme ça, mais, moi je ne m’en plains pas; c’est plus facile de communiquer et même de se comprendre sans se parler. N’allez pas croire que je suis nazi ou quelque chose dans ce goût, mais j’aime beaucoup mon peuple, ma nation. Et puis, merde! Je suis écoeuré de me justifier, parce que j’aime ma famille. Ceux et celles qui ne sont pas content, ben qui mangent de la marde, tabarnak. Donc, je disais qu’il y a des gens. Certains lisent un bouquin, d’autres se font seulement bronzer. Il y en a d’autres qui viennent ici pour pique-niquer en famille, ou pour piquer une jasette avec le soleil. Et certains, comme moi, s’installent ici simplement pour écrire dans un cahier, pour se souvenir qu’ils pensent, qu’ils sont vivants, pour laisser une trace.
Bon, je vous laisses. Si vous passez dans le coin, un de ses jours, venez me voir dans le parc. Même si je ne suis pas physiquement ici, une partie de moi y demeure en permanence et ce sera un plaisir de vous y voir. Vous aimerez mon parc…
Je trouve que celui-ci est l'un des tes meilleurs textes (si non, LE meilleur). Tout en simplicité et charmant : l'émotion passe facilement.
RépondreSupprimerJ'aime moi aussi les endroits où on se sent tout à fait Québécois de souche. Pas besoin de se parler pour se comprendre. Et c'est vrai que le Parc Molson est génial pour ça !
Continue à écrire, cher Michel !
Je le trouve romantique ce parc...
RépondreSupprimerWOW. merci les filles. Honnêtement, j'ai hésité à ne pas supprimer ce texte, mais c'est vrai que c'est celui qui est écrit avec le plus de spontanéité. J'en écrirai d'autres comme ça. Dominique, si j'ai créé ce blogue c'est parce que tu m'as fait réfléchir à ce pourquoi j'écris. Tu m'as dit les bons mots au bon moment. Tout un monde s'est ouvert à moi...
RépondreSupprimerEh ben je crois que tu es sur la bonne piste. Super, continue !
RépondreSupprimerC'est bien trop vrai qu'elle est franchement laide «l'oeuvre» d'art(?) au parc Molson!
RépondreSupprimerbein moi je l'aime la sculpture au parc Molson...
RépondreSupprimerelle s'appelle "temps d'arrêt" et je vois que vous avez tous pris le temps ;-)) de vous arrêter...
et quoi dire de plus sur ce superbe parc où j'ai même appris à patiner quand j'étais p'tite...