En s’étirant le cou, F. a demandé à ce gars qui la regardait fugitivement depuis la table voisine :
- Tu veux me parler?
Ce dernier, surpris et confus, a répondu malgré lui :
- Non…Euh oui…mais non…pas particulièrement
Puis F. a retourné son attention à la table où elle était assise avec le vieux criss et la grosse torche. À cette table, on épuisait les sujets les plus banals, allant de la marque de leurs tires de chars jusqu’au prix tellements ridicules de Costco. F. s’emmerdait donc à mourir. Elle s’était retrouvée en compagnie de ces énergumènes par ennui se disait-elle. Mais ce qui l’ennuyait maintenant, c’était qu’elle était incapable de se lever pour changer de place; cela la démangeait. Elle avait envie de discuter avec le gars de l’autre table, mais elle restait clouée là, malgré elle. Elle écoutait les deux morons discuter et plus la grosse torche et le vieux criss parlaient, plus elle se reprochait de ne pas être demeuré assise seule. À ses pensées, subitement, elle s’est levée et s’est dirigée vers le gars.
Elle s’est approchée de la table, du gars, de sa tête, de son oreille, le surplombant, elle lui a demandé :
- Tu fumes?
- Euh oui…La cigarette ou les substances illicites? Quoi que oui dans les deux cas de toute façon.
- Tu viens en fumer une avec moi? Dehors
- OK
Et ils sont allés se purifier les poumons ensemble. Ça s’est déroulé comme une séance de speed-dating. Tu fais quoi? Ou c’est que t’habite? T’as quel âge? Et ils sont retournés à leur place respective.
Le vieux criss, lorsque F. s’était rassis, s’est d’approché d’elle et lui a dit de ne pas s’approcher de ce gars, que c’était un vilain et qu’il avait une réputation de salaud. La grosse torche ajouta, elle, qu’effectivement, ce gars n’était qu’un bum de bas étage et que d’ailleurs une de ses amies l’avait essayé et que ça ne valait pas grand-chose. Toute cette merde orale, au lieu de décourager F. l’excita encore plus, mais elle ne savait que faire pour changer de table et elle décida plutôt de s’en aller. Lorsque quittant, elle a salué le gars, celui-ci s’est levé et l’a raccompagné jusque dehors en lui demandant pourquoi elle partait déjà.
- Je m’en vais manger des sushis avec ma chum
- Oh. Tu n’as pas encore mangé? Je comprends alors. Tu reviens quand? On a quelque chose en suspens il me semble.
- Il parait qu’il ne faut pas que je t’approche. C’est ce que les gens à ma table m’ont dit.
- Ce sont tes amis?
- Non
- Fiou. Je dis ça parce que ce sont les pires loosers de la place. Lui c’est un vieux criss qui s’essaie sur toutes les filles qui entrent ici, alors évidemment quand je plais à une fille, ça le fait chier puisqu’il devient automatiquement hors-compétition. Quant à elle, c’est une grosse torche qui expose ces fantasmes comme s’il s’agissait de faits réels, bien que dégueulasses et qu’à sa vue je viens bien près de vomir à chaque fois. Deux fois sur trois ou je viens ici, elle est là avec son uniforme laid de garde de sécurité dans lequel on peut apercevoir ses seins laids et pendant et son hosti de gros cul de grosse torche. Aussi, elle se balade souvent avec son bichon maltais aveugle que je me ferais plaisir d’écrabouiller sous mes semelles.
- T’es vraiment un bum. Je suis folle de toi.
- T’as des enfants?
- Tu veux m’en faire un?
- Je te fais des jumeaux si t’en as envie.
Ils se sont échangés leurs numéros de téléphone et elle est partie le cœur léger.