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jeudi 23 mai 2013

Mission sur Grosse-Pompe


Colonel Julie Pas-d’pet, je n’irai pas par cinq chemins. Si je vous ai convoquée ici, ce matin, ce n’est pas pour prendre le thé en écoutant deux filles le matin, non. Si je vous ai demandé, c’est pour vous confier une mission de la plus haute importance. Comme vous le savez sans doute, la bière commence à manquer, ici, sur terre. Les conséquences sont désastreuses et cela devient une menace pour notre insécurité internationale. Vous seule pouvez nous sauvez. Votre mission, en gras, si vous l’acceptez, sera d’aller sur Grosse-Pompe, pour reconnecter les fûts de bière au téléporteur de bière. Bière, bière, bière. Si nous vous avons choisie, la raison en est fort simple : Les tests en laboratoire ont prouvé hors de tous doutes, ce que tout le monde soupçonnait déjà; vous êtes la seule personne au monde qui ne pète pas. Les scientifiques sont parvenus à créer un laxatif si puissant qu’il vous fera péter. Comme vous n’avez jamais péter de votre vie, notre équipe scientifique prévoit que vous flatulerez des fleurs de toutes les couleurs, ce qui aura pour effet de dissiper l’odeur de marde qui règne sur Grosse-Pompe et vous permettra de vous retrouver dans l’atmosphère, qui serait toxique sinon. Vous devrez aussi récupérer le lieutenant-colonel Casanoviev Jalouski et le sergent Tartine Prends-ton-Trou  dont le véhicule spatial est resté stollé par manque de gaz dans la tank. Vous êtes intelligente, infatigable et loyale, vous êtes la plus qualifiée pour cette mission. Vos coéquipiers pour ce voyage seront le major Aphrodite Asperge et le capitaine Valentin Cholestérol. Vous trouverez les détails de la mission au-dessus du dash, collé au windshield  de votre astro-croiseur. Bonne chance. 

C’est ainsi que nos trois compagnons se retrouvèrent en orbite autour de la planète brune, après 6 minutes d’un voyage inter-minable.
Pas-d’Pet, qui était en parfait contrôle de la situation, venait d’avaler la première capsule laxative qu’on lui avait donnée. Elle se préparait à s’installer sur le péteux intergalactique, prête à fiouser, comme l’indiquait le manuel.
La conversation radio entre le psychologue de la mission, le major Asperge, et notre colonel ballonnée s’ensuivit :
-         Ok, Pas-d’Pet, prête pour la routine?
-         Prête.
-         Ok, vérification.
-         Parée.
-         Baissez vos nouveaux pantalons à motifs.
-         Nouveaux pantalons à motifs baissés.
-         Baissez vos bobettes.
-         Bobettes baissées.
-         Installez votre cul sur le péteux intergalactique.
-         Cul installé. Pas-d’pet sentait le ventre lui gargouiller et était ébahie de la sensation qu’on lui avait expliqué dans le manuel, et qu’elle ressentait.
-         Ok, maintenant, prenez la deuxième capsule.
-         Deuxième capsule avalée.
-         Tiguidou, on y va pour le décompte : 8… 7… 6… 5… 4… 3… 2… 1… Fiouse.
Tout se mit à trembler, et la lumière baissa dans la cabine, et on entendit un immense PROOOOOOOOOUT, et ont vit à travers les hublots une pluie de fleur, une tempête s’abattre vers la surface de Gross-Pompe. Pas-d’Pet n’en croyait pas son cul, ça avait marché, elle l’avait fait. Toute la marde de Grosse-Pompe se dissipât comme prévu. L’équipage se mit applaudir dans la cabine et le capitaine Cholestérol, spécialiste de mission, s’exclama : «Non mais quel cul elle a cette fille». Et tous, se mirent à rire. 

C’est ainsi que put s’amorcer la descente en spirale de l’appareil, prêt au grosse-pompissage. Lors de l’approche, le major Asperge et le capitaine eurent cette discussion :
-         Vous voyez capitaine, si vous ne pétiez pas à tord et à travers, ce que vous auriez pu accomplir.
-         Pourquoi me dites-vous cela? Vous ne m’avez jamais entendu péter à ce que je sache.
-         Au contraire, vous ne faisiez que ça sur Molson.
-         Ce n’est pas vrai, ce n’est pas moi.
-         Si c’est vrai.
-         Non, ce n’est pas vrai.
-         Si.
-         Non.
-         Si.
-         Non.
Et s’ensuivit une suite ininterrompue de si et de non qui dura jusqu’au retour de Pas-d’pet, le visage blême, dans le poste de pilotage.
-         Mais, qu’est-ce que vous faites, nom de Dieu? Avec vos niaiseries, nous avons dévié de notre itinéraire.
Et elle prit les commandes et pu, juste à temps, posé le mastodonte sur un îlot de fleurs fraîchement pétés, tout près des valves des pompes. Tous poussèrent un soupir de soulagement. Pas-d’Pet était fière de son coup, elle était toujours à son affaire, c’est pour ça qu’on l’avait engagée comme astronaute au début.  

Après les vérifications d’usage, Asperge, Cholestérol et Pas-d’Pet sortirent du vaisseau et mirent le pied sur Grosse-Pompe. L’atmosphère étant fleuri, ils purent le faire sans combinaison. Le colonel Pas-d’Pet, ayant analysé la carte de la planète, déclara : Les valves ne sont qu’à trois kilomètres vers le couchant. Si nous partons immédiatement, nous serons revenus pour le souper. Cholestérol se lécha les babines et ajouta :
-         Hum, j’espère qu’il y aura plein de baloné et de tartes au sucre.
-         Non, pour vous, ce sera des cœurs de palmier et du végé-paté, rectifia le Docteur Casse-fun, par radio, de son poste dans le croiseur.
Cholestérol fie la dur (il n’aimait pas la mou), pendant que les deux femmes le taquinait en le traitant de gros jambon et ils partirent, le capitaine Valentin Cholestérol en avant, en éclaireur, vers la destination définie. 

À mi-chemin, Cholestérol trouva des traces de pas (le contraire de pas de traces) qui allaient vers une caverne. Il se dit, que c’était sans doute l’indication de la présence des astronautes à ramener. Se dirigeant vers l’abri de roche, il vit au loin une silhouette qu’il jugea humaine. Il balaya les fréquences radio pour essayer de communiquer, mais cela devint inutile puisque la présence semblait se diriger vers lui en lui faisant des signes du pied et non de la main. Il sortit le macro-viseur de son sac et examina l’être qui se rapprochait; il reconnu le sergent Tartine Prends-ton-Trou; oui c’était bien elle. Lorsqu’ils arrivèrent au même point, au même moment, une flèche vint se planter devant leurs pieds.
- Kecéça câlisse? Demanda Cholestérol, surpris et décontenancé.
- C’est Jalouski, c’est mon homme, il m’aime, il veut me protéger.
- Voyons, il n’y a personne ici, pas même un chat, ni un chien, ni une tortue, ni une hyène, ni une mouffette, ni un tamanoir, ni un crotale à lunette, ni un ornythorinque, ni une pipistrelle à tête dorée, etc, etc…
Au même moment, Cholestérol entendit le son d’une flèche qui déchirait l’air, près de son oreille. Il se mit à terre, en protégeant sa tête. Une voix parvint à son casque d’écoute :
-         Arrête de cruiser ma blonde Cholestérol. Tartine, retourne dans la caverne immédiatement. Elle s’exécuta.
-         Je t’ai vu l’embrasser, Valentin, t’es un coquin.
-         Voyons, christ de sans-dessein, je ne l’ai même pas touché.
Fioush! Une autre flèche. Cholestérol décampa aussitôt. Nous verrons cela plus tard, pensa-t-il et il continua son chemin, sans se retourner. 

Arrivé sur le site des valves, il attendit peu avant l’arrivée de ses équipières qui l’avait suivi d’une distance respectable. Il leur expliqua rapidement son aventure avec les astronautes perdus et se tournant vers Asperge :
-         Vous avez les outils? Siphon?
-         Check.
-         Drano?
-         Check.
-         Papier-cul?
-         Check.
-         Carte de Bingo?
-         Check.
-         Trempette aux oignons?
-         Check.
-         Vingt-cinq cennes du Cacanada 1907 édition D avec le toupette dans la face de la Reine peigné à l’envers?
-         Check.
-         Ok, allons-y
Et ils se mirent en mode mission pour cette partie qui était la leur, laissant Pas-d’Pet derrière eux. 

Nos deux comparses avançaient entre les fûts pendant que Cholestérol bombardait de niaiseries Asperge, qui riait aux éclats. Il voulait détendre l’atmosfrette. Tout à coup, entre deux jokes de newfie, il entendit Asperge qui lui disait :
-         Oups, j’pense que je suis dans la marde. Effectivement, elle l’était.
-         Ne bouge pas, je vais t’aider.
-         Non, non, tu ne peux rien pour moi.
-         Mais oui. Je ne peux tout de même pas te laisser là.
-         Tu ne peux rien faire. Je t’entrainerais avec moi. Continue la mission, je trouverai un moyen d’en sortir. Elle lui lança la sacoche d’outils.
Cholestérol, à contre cœur, la laissa là, à se débattre, seule, et alla remplir la mission, se disant qu’il devait sûrement avoir l’air fif avec une sacoche. 

Pendant ce temps, Pas-d’Pet, qui était toujours à son poste, reçu la visite de Jalouski. Il arrivât, la chemise détachée, d’où on pouvait voir plein de pouèle dépasser. Il avait aussi un peu de morve sur le bord de la narine. Ark, se dit Julie, trop dégeu. Il ne perdit pas une seconde et sans détour, ni subtilité, il lui déballa :
-         Pas-d’Pet, je vous trouve belle.
Elle, dégoûtée, ironiquement, lui lança :
-         Oui, oui, c’est ça,
-         Non je vous jure, je ferais n’importe quoi pour vous.
-         Y compris balancer Prends-ton-Trou?
-         Il n’y a pas de Prends-ton-Trou, elle n’est plus là, voyons
-         Me semble. Et elle est où?
-         Ailleurs, je ne sais pas. Nous nous sommes séparés. Je suis célibataire, je vous jure. Je vous offre cette planète, dit-il.
-         Elle est pleine de marde votre planète. Il y en a sûrement un peu qui coule dans vos veines, lieutenant-colonel, vous sentez franchement la marde (elle était toujours franche).
-         Vous me peiner, moi qui n’aie que de nobles intentions.

Sur cet entre-fait, ayant retrouvé Asperge qui s’était sortie de sa flaque, à force de se débattre, Cholestérol, qui avait remplie la mission, et celle-ci, arrivèrent de nouveau à l’entrée des valves, en gambadant gaiement et en chantant la danse des canards. Lorsque Jalouski les vit s’approcher, il prit la poudre pour-les-pieds-qui-pusent (Les réserves mondiales de poudre d’escampette avaient été complètement épuisées depuis passable Jennifer (Belle Lurette était sur d’autres contrat ailleurs (ce qui était ici pour elle))), ayant compris que Pas-d’Pet savait tout dès le départ. Les trois bout-en-navette (les trains n’étais plus à la mode (ok, je ne recommencerai pas)) se firent un high-five à trois (ce qui était aussi appelé un high-thirty (par les anglais (d’Angleterre))) et revinrent à l’astronef. Six minutes plus tard, nos héros furent acclamés en sauveurs par les buveurs de la terre, où la bière parvenait de nouveau. 

Colonel Julie Pas-d’Pet, En mon nom et au nom du président des Nations-Unis de la Terre, ainsi que de toute les autres racailles, je tiens à vous remercier pour l’énorme service rendu à votre peuple. Je savais que vous mèneriez à bien cette mission. Cependant, j’ai une question : pourquoi ne pas avoir ramené le lieutenant-colonel Casanoviev Jalouski et le sergent Tartine Prends-ton-Trou? Pas-d’Pet, prit un air solennel et dit simplement :
-         Ils étaient bien dans leur marde, Monsieur, et ils désiraient y rester.
-         Je me doutais bien que ce puant poserait problème. Vous avez changé le code?
-         Oui. Il est si con qu’il ne le trouvera jamais, dit-elle, en laissant filer un silencieux.
Lorsque l’odeur se rendit à leurs narines, ils rirent d’un éclat si franc, qu’il résonne encore de nos jours.
 

QUE SONT-ILS DEVENUS…

Le lieutenant-colonel Casanoviev Jalouski est toujours bien dans sa marde où il baigne chaque matin avant sa journée, sur Grosse-Pompe où il combat toujours les moulins à vent.

Le sergent Tartine Prends-ton-Trou fait le lavage, le ménage et la cuisine pour Monsieur. Elle n’est jamais plus sortie de son trou et est plus tarte que jamais, mais elle est bien, elle aussi dans son caca (je suis épuisé d’écrire le mot marde).

Le major Aphrodite Asperge a pris sa retraite de l’armée de l’air et elle est maintenant animatrice de pastorale chez Wal-Mart. Elle déclara un jour : «Je ne serai plus jamais dans la marde».

Le Capitaine Valentin Cholestérol, lui, vient d’écrire cette histoire pour vous et vous assure qu’il n’utilisera plus jamais le mot marde dans ces prochains écrits.

Quant au Colonel Julie Pas-d’Pet, elle est devenue Amirale de la flotte internationale et elle rocke en sale.

mardi 21 mai 2013

LE SORCIER DE LA LUMIÈRE


Dans une galaxie anonyme d’un univers lointain, dans un système planétaire quelconque, sur une planète grise, informe, dont l’orbite autour de son étoile était irrégulière, un sorcier de la lumière tentait ces expériences. Cet homme n’avait qu’une fonction au sein de sa société. Il faisait fi de tout le reste. Le seul et unique but de son existence était de combattre l'obscurité, en faisant apparaître la lumière. Il s’y concentrait chaque jour, cherchant de nouvelles façons de tenir en ses mains le fluide qu’il croyait immatériel. 

Notre alchimiste photonique, un jour, par hasard, alors qu’il sortait de sa grotte, mit le pied sur une pierre en apparence grise et mate. D’ailleurs, sur sa planète, tout avait apparence de gris, leur soleil étant si éloigné que seul les rayons diffus de l’astre leurs parvenaient. Cette pierre lui piqua un peu la plante du pied, ce qui lui fit la regarder. Il s’étonna alors d’y voir une teinte rosée, couleur qu’il ne connaissait pas, se dessiner sur la surface du minéral. Il se pencha et pris la roche entre ces mains, ce qui eut pour résultat qu'elle commenca à rougir. Surpris, il la lâcha prestement, la tête pleine de questions naissantes. Il se souvint de cette autre fois où il croyait avoir trouvé la pierre incandescente; ce n’avait été qu’hallucination lui avaient diagnostiqué les herbiers. Il se mit à trembler, et faisant le signe de la foi en l’univers, il laissa la pierre et continua à vaquer à ces occupations. 

C’est alors que les phénomènes étranges se mirent à se produire. La pierre se mit à lui parler à distance en lui disant des choses, en l’apparence incohérente, comme : viens danser, ou, je suis l’oiseau qui entre dans sa cage. Notre homme, décontenancé, se mit à répondre à la pierre. Il ne comprenait pas pourquoi la pierre entrait en contact avec lui, mais, volontier, il conversait avec elle. 

Quelques jours plus tard, n’ayant que la pierre en tête, il se mit à la chercher. Il voulait comprendre. Il l’a retrouva facilement à quelques pas de sa porte. Il la prit de nouveau entre ces mains et la garda plus longtemps cette fois. Le même phénomène se reproduisit. Mais, du rouge, la roche prit une teinte jaune et chaude, puis devint blanche et brûlante. Il se brula la main comme ça. Il s’apperçut aussi que l’atmosphère s’illuminait au même moment. Il put même distinguer quelques couleurs ça et là. Mais, la pierre devenant intenable, il la lâcha, mais les couleurs, ailleurs, semblaient demeurer. Il en était stupéfait. 

Quel était donc cette pierre? D’où venait-elle?, Quel quantité de lumière pouvait-elle bien contenir? Comment la prendre? Il rentra chez lui et en ressortit aussitôt muni de pinces à longs manches et il prit la pierre. Il l’emmena dans sa caverne, pour l’étudier, et essayer de comprendre son fonctionnement. Il la déposa sur son lit et la scruta longuement, sous tous les angles. Il la toucha, encore, délicatement, pour qu’elle émette de la lumière, et cela fonctionna. Toute sa tanière s’illumina. Étonné, il lâcha le morceau et celui-ci, instantanément, se transforma en oiseau luminescent et il s’envola hors de l’enceinte. De surprises en surprises, notre sorcier devenait perplexe. Il ne put que regarder le volatile s’en aller au loin, sachant qu’il ne pouvait rien faire. 

Pendant les jours qui suivirent, l’oiseau vint souvent, par l’arrière, rendre visite à notre savant. Il apportait son lot de lumière et le remportait avec lui, chaque fois qu’il s’en retournait on ne sait où. Le sorcier observait les allées et venues de l’être volant et s’en contentait. Un peu de lumière et de fantaisie, par ci, par là, lui redonnait espoir qu’un jour tout s’illuminerait pour de bon. L’oiseau venait, lui parlait, le touchait du bout de son bec. 

Mais, un beau jour, l’oiseau cessa de lui parler et l’inquiétude gagna notre homme. L’oiseau ne revint plus pendant plusieurs jours et lorsqu’enfin il se repointa, il n’illuminait presque plus et se tint à une distance incompréhensible. Notre chercheur de lumière devint pâle et agitée. Il ne comprenait pas ce phénomène. Il ne comprenait rien à rien depuis le début en fait. Il tenta de parler à l’oiseau, mais celui-ci ne répondait plus. 

Puis, un bon matin, sans avertissement, la bête ailée, volant près de lui, se retransforma en pierre. Un craquement se fit entendre, et du colibri qu’il était, un pierre tombante pris la place et tomba au sol. Le sorcier alla prendre la pierre et plus il la tenait, plus celle-ci virait au gris. Il se mit à parler à la pierre, mais celle-ci ne lui répondait plus. Il l’a garda dans la paume de sa main, près de son cœur quelques jours, mais celle-ci ne finit jamais de refroidir et de durcir. 

Quelques temps plus tard, dans l’obscurité renouvellée, retourné à ses recherches antérieures, il prit la pierre et il alla la jeter du haut du ravin, pour l’oublier.

lundi 31 août 2009

Chercher l'amour

Je suis assis dans l’escalier menant à mon appart de l’avenue des écureuils fous, tranquille. Je bois un pepsi, je fume une cigarette, la chatte prend l’air, elle broute. Une fille passe; pas trop laide, ni trop jolie, pas trop mince, ni trop grosse, pas trop blonde, ni trop brune, pas trop souriante, parfaitement souriante. Je lui rends son sourire du mieux que je peux malgré mon air difficilement respirable. Elle me dit : «Nice cat». Je réponds : «Nice girl» lorsqu’elle est rendue à l’autre coin de rue, trois jours plus tard. Je me lève et je la regarde filer, au loin, avec mes yeux de taupe aveugle.

Je me dis pourquoi pas après tout. Je me lève précipitamment, la cigarette au bec, j’attrape la minoune d’une main, et ma canette de l’autre, je gravis les six-sept marches en criant sirop, je me vide les mains dans le corridor et j’empoigne mon vélo. Quinze secondes plus tard, je suis déjà en selle et j’engage la quatorzième en direction de la fille. Je la dépasse. Le cinéma Beaubien. Je vais voir les films à l’affiche. Encore les mêmes qu’hier. Je me force à regarder, à lire. C’est plate lire quand on s’en crisse. Bon c’est assez. Je reviens par le trottoir. Je m’arrête devant elle, je la regarde dans les yeux et je lui demande :
- Tu cherche l’amour?
- …
- Moi aussi, je le cherche
- …
- Si on le cherchait à deux, nous aurions plus de chance de le trouver.
Elle sourit et se rapproche. Elle me dit :
- Tu es beau
- Alors, ça te dit? Je vais ranger mon vélo et on part. Non, tiens, je le laisse là. Donnes moi la main.
Elle lève la tête vers moi et ferme les yeux. Je l’embrasse avec la passion de Lancelot pour Guenièvre. Nous nous prenons la main et nous partons chercher l’amour.

Ben non, tabarnak. Ces histoires-là ne sont bonnes qu’à écrire. Tu veux que je te le dise ce qui est arrivé? Quand je l’ai dépassé avec mon vélo, super subtile le gars, elle m’a regardé de travers. Quand je suis arrivé devant le cinéma et que je me suis tourné vers elle, j’ai remarqué qu’elle avait ralenti le pas et qu’elle se collait sur le bord des maisons. Moi, comme un hostie de comique, je suis aller vers elle et quand je me suis arrêté devant elle, elle a crié et a fouillé nerveusement dans sa sacoche et en a sorti son poivre de cayenne qu’elle m’a aspergé vigoureusement et elle s’est sauvé en courant et en criant.

Ben non, ciboire. En réalité, j’ai continué à fumer ma cigarette et j’ai imaginé les scénarios possibles et j’en suis venu à la conclusion que je ne suis ni un Don Juan, ni un maniaque et que l’amour je vais le trouver tout seul.

dimanche 12 juillet 2009

Calamité

Mardi dernier, après ma journée de travail, je suis allé quérir Calamité, au parc Molson. Calamité est un lutin. En fait, elle est une lutinette. Mon amie Cannelle ayant besoin de repos pour quelques temps, m’a demandé de bien vouloir la prendre sous mon aile. Un lutin chez moi; comment refuser cela…
J’espérais retrouver Calamité dans un des creux de la statue laide, au milieu du parc. En principe, c’est là que le mari de Cannelle avait dû la déposer. Je me suis approché de l’œuvre, avec un sac de minouches et, comme sa maîtresse me l’avait dit, j’ai brassé le contenant un peu et j’ai vu le petit être poindre. Je lui ai fais un sourire, j’ai ouvert mon sac à dos et j’ai foutu les gâteries dedans. Calamité y a sauté sans aucune retenue. J’ai zippé mon sac, et j’ai descendu l’avenue des écureuils fous jusque chez-moi.

Arrivé à l’appartement, j’ai fermé la porte derrière moi et j’ai tiré les rideaux pour être à l’abri des regards d’écornifleux. J’ai déposé mon sac et l’ai rouvert. La petite était couchée dans le fond et elle se tenait le ventre à deux mains. Le sac de minouches était complètement à sec. Gourmande, que je lui ai dit, sur un ton bon enfant. Elle m’a souri timidement et s’est sorti la tête hors du sac. Megane, ma chatte, quand elle a vu la lutine, s’est amené en courant en faisant des kshhhh. J’ai tout juste eu le temps de m’interposer entre eux. «Wô, les moteurs» que j’ai crié à Megane. La chatte a freiné sur un dix cents et s’est mise à renifler bruyamment la petite, de haut en bas et de gauche à droite. Son poil qui, juste avant, était hérissé s’est couché d’un coup et elle s’est assise, en souriant, comme si elle attendait quelque chose. Je me suis gratté la tête, perplexe, j’ai haussé les épaules et je les ai laissé faire connaissance, à leur manière, et je suis allé faire quelques trucs à la cuisine. Par après, quand je suis revenu au salon, j’ai voulu amadouer la lutinette, mais sans grand succès. J’ai essayé de lui commander de m’apporter une cigarette ou une bière, comme Cannelle le faisait, mais il n’y avait rien à faire. Cet être se foutait de ma gueule, parce qu’elle riait sans cesse, comme si j’avais une tête de clown. Elle a passé la majeure partie de la soirée à se laisser vibrer par le ventilo sur lequel elle est restée assise. Je me suis dit, non sans un effort colossal, que je devais l’ignorer, attendre qu’elle vienne à moi, la laisser m’observer pour le temps qu’elle le jugera nécessaire. Nous ne nous comprenons pas par des mots, mais mes actes parleront. À la fin de la soirée, j’ai vidé un tiroir et j’y ai installé une oreiller en guise de lit pour Calamité. J’ai fermé portes et fenêtres et ai souhaité une bonne nuit à la petite rouquine en lui soufflant un bisou; je crois que ça l’a gênée un tout petit peu. J’ai éteint l’éclairage et me suis mis au lit.

Lorsque je me suis réveillé le lendemain, Calamité n’était pas dans son lit. Je me demande si elle l’a utilisé cette nuit là. Je me suis allumé une cigarette et je suis allé la trouver; elle était complètement immergée dans la poubelle. Je me suis approché, l’ai prise par les pieds, et l’ai extraite de ce tas de détritus. Je lui ai demandé ce qu’elle faisait là et pour toute réponse elle m'a montré ses crocs. Je l’ai traînée par les pieds jusqu’au frigidaire, et lui ai sorti le sac de matières compostables que je lui avais réservé. Quand j’ai été certain qu’elle comprenait mon intention, je l’ai déposée par terre. J’ai pris une certaine quantité de matière que j’ai foutu dans un des bols à Megane et j’y ai ajouté de la confiture de framboises. Résultat : La lutine à kické le bol violemment. «Bon, qu’est-ce qui a encore?» que j’ai crié. Elle s’est rapprochée du bol et a commencé à tasser la confiture avec ses petites menottes. «Hostie que je connais rien» J’étais certain que les lutins aimaient les confitures. J’ai rincé ses aliments et je lui ai resservi le tout. Elle m’a souri et je suis partie travailler en espérant que ça se passerait bien avec la minoune.

Quand je suis revenu à la maison après le travail et que j’ai vu ce qui se passait, je suis tombé sur le cul : Megane et Calamité étaient lovés en cuiller dans la boite de la chatte! Je n’ai pas fait de bruit, j’ai sorti mon appareil-photo et j’ai tiré un cliché. Eh ben merde, il n’y a que Megane qui apparait sur la photo. Je me suis rappelé que Cannelle m’en avait parlé. Je vais faire mon enquête là-dessus. Après le souper, je suis venu m’assoir sur le divan et j’ai interpellé Megane pour la caresser un peu. Comme elle approchait, Calamité à crié : «Paldoc bliskë wortâ». La féline s’est arrêté net et est allé vers la mini. La lutine d’un bond s’est retrouvé sur l’animal. Calamité montait Mégane, comme si la chatte avait toujours été sa monture. J’étais subjugué, parce que la chatte déteste tout être vivant qui n’est pas moi, et maintenant, elle semblait prendre un plaisir fou à trimbaler Calamité. Le petit être lui parlait au creux de l’oreille, dans une langue que je ne connais pas. Je crois qu’elle l’a commandait en lui tirant légèrement les oreilles. Toute la soirée durant, elles se sont promenées, d’un bout à l’autre de l’appart; tantôt au trot, tantôt au galop. Les deux riaient, alors je les ai laissé faire. Quant à moi, Calamité semblait maintenant m’ignorer. En fait, les deux êtres m’ignoraient. Ça m’a fait un peu mal, mais je me suis dit que je devais camper sur mes positions. Je me suis dit que quand elles auraient faim, elles seraient bien obligés de venir me têter, et c’est à ce moment que je reprendrais le contrôle.

Le lendemain, au retour du boulot, j’ai eu droit à une surprise très désagréable : Tout d’abord quand j’ai ouvert ma porte, mes deux tannantes sont passées entre mes jambes et se sont enfuis au galop. J’ai crié : «Megane», j’ai tapé du pied et j’ai même couru derrière elles, mais je n’étais pas assez rapide. J’ai finalement abandonné en me disant qu’elles reviendraient tôt ou tard. Je suis revenu à l’appart et quand j’ai vu l’état des lieux, j’ai hurlé. C’était un tel fouillis; le logement au complet était sans dessus-dessous. J’ai ramassé du mieux que je pouvais et je me suis assis devant la télé. Plus la soirée avançait et plus je m’inquiétais. «Cannelle va me tuer c’est certain» que je pensais sans cesse. Et Megane ne fugue jamais aussi longtemps. C’est si étrange tout cela.

Il y a désormais trois jours qu’elles sont parties et je ne sais plus quoi faire. J’hésite à en parler avec Cannelle. Depuis, je me promène dans les ruelles du quartier à leur recherche et je désespère. J’ai préparé des affiches avec la photo que j’avais prise d’elles dans la boîte lorsqu’elles dormaient, mais comme on ne voit pas Calamité, j’espère tout de même qu’on reconnaitra le félin. Je me croise les doigts…

jeudi 21 mai 2009

Dragon-mouche

Le dernier matin avant mon retour, j’étais assis en indien sur le bout du quai. L’atmosphère était fraîche et calme et polluée. Moi, j’étais confortable et calme et congestionné. Un petit coup de pompe; je respire mieux. Je me demandais si un jour je deviendrais enfin fauconnier. J’habitais la ville à cette époque, alors ça m’apparaissait difficile. Je pourrais élever des pigeons voyageurs. Non; ça me mettra en rogne quand j’en perdrai un parce qu’il s’est fait avaler par un faucon. Pourquoi pas des pinsons ou des perruches ou des inséparables? Évidemment ce serait comme des poissons dans un aquarium; la place d’un oiseau n’est pas dans une cage. Un perroquet! Ça c’est bien, un perroquet. Mais, ça ne chasse pas un perroquet et ça vit 357 ans il paraît.

J’en étais à ses pensées, lorsque, venant de nulle part, une libellule est venue se poser sur le dessus de ma main. Elle était grande celle-là. J’ai agitai ma main pour la faire déguerpir. L’insecte y est resté collé. J’ai soufflé sur la bête; seules ses ailes ont tressaillies un peu. J’ai approché mon autre main. L’insecte s’est finalement défilé. J’ai tiré une bouffée de cigarette, la libellule est revenue exactement à la même place et dans la même position, sur ma main. Je l’ai regardée et examinée et scrutée. Son corps velu devait mesurer 3 pouces. Elle était d’un rouge flamboyant, tachetée de points couleur d’azur savamment espacés. Elle était immobile, elle était majestueuse. Vous voudriez chasser pour moi, Votre majesté, lui ais-je dit. Au terme de ces mots, elle s’est envolée. Reviens, me suis-je exclamé, déçu. Je l’ai admirée dans son vol rapide et agile; une parfaite coordination entre ses deux paires d’ailes. Mais, rapidement, je l’avais perdue de vue. Au même moment : Ouille! Ma cigarette s’était consumée jusqu’à me brûler les doigts. Je me suis débarrassé, immédiatement, du mégot et, bêtement, j’ai sucé mes doigts brûlés.

Toute de suite après, je me suis étendu sur le dos et j’ai fermé les yeux. Je recommençais à rêver à mon faucon. Je l’imaginais, les yeux perçants, la posture fière, prêt à aller nous dénicher un lapin ou une perdrix, quand, me tirant de mon songe, j’ai senti des mini-pas sur mon torse nu. Sans doute une fourmi! Ais-je deviné. J’ai ouvert les yeux; Sa Majesté était revenu se poser. Mais…Qu’est-ce que…Je n’en croyais pas mes yeux : La libellule tenait un insecte entre ses mandibules. Je lui ai dit en souriant : Bravo! Belle prise! Elle a laissé tomber sa proie, une patineuse, et elle est repartie de plus belle. J’étais enchanté; cet évènement était tellement fantastique et inouï et surprenant. Je me suis replacé sur mon séant, abasourdi. Et, elle est revenue, exactement comme la première fois, se poser sur le dos de ma main.

Curieux, je lui ai demandé : Quel est ton nom petite libellule? Pour toute réponse, elle s’est envolée de nouveau. Peut-être ais-je été impoli, pensais-je. Pardon, ai-je crié. Immédiatement, elle est revenue atterrir sur moi. Je me suis appliqué cette fois en lui demandant : Comment dois-je nommer sa Majesté? Je suis connu sous le nom de Lancelot du Lac, a-t-il répondu, souverain incontesté et incontestable de ce plan d’eau. Pas très original, je sais, mais, c’est comme ça. Voyez vous?

- Enchanté, Votre Altesse, moi c’est Paul et Jean et Jacques. Je suis votre sujet et je ne mérite que d’être tutoyé.

- Je ne règne que sur le monde des insectes. Voyez vous? Et comme vous n’avez pas essayé de m’écrabouiller, vous avez droit à mon plus grand respect.

- Pourtant, Suzie Q, l’abeille, qui habite près de chez moi, m’avait assurer que les libellules ne parlaient pas. Comment se fait-il que je vous entende discuter. Suis-je fou?

- C’est que je ne suis pas une libellule. Je ne suis pas, non plus, une demoiselle. Je suis un dragon-mouche. Voyez vous? Votre amie Suzie disait la vérité et vous n’êtes pas fou, non.

- Vous dites un dragon-mouche?

- Exactement, oui. Je suis le dernier de ma race, le survivant. J’ai atteint l’âge vénérable de 83 729 ans. Quand je mourrai, mon espèce aura disparue à jamais. Je suis l’as des as, le baron rouge des insectes ailés.

- Vraiment? Montrez-moi vos talents je vous prie

Lancelot a pris aussitôt son envol, à la vitesse du jet et avec l’agilité de l’hélicoptère. Quelques secondes plus tard, il est apparu, une fourmi à la gueule. – Quoi? C’est tout ai-je demandé. Il a redécollé, aussi vif que l’éclair, et est revenu, cette fois, tenant un éléphant entre ses pattes. En me disant regarde, lancelot a laissé tomber l’animal au beau milieu du lac. Une vague fantastique a déferlée sur moi et j’ai été projeté à une dizaine de kilomètres. J’étais sonné. Le dragon est ensuite venu me prendre et il m’a ramené sur le quai. J’étais très impressionné. Il m’a alors dit, courroucé : Ne doutez jamais plus de mes talents. Je ne douterai plus de vous, Altesse, répondis-je humblement.

Ensuite, nous avons philosophé tout le reste de la journée. Nous avons parlé d’astronomie et d’aérodynamisme et de la loi de la nature. Il a aussi été question de chasse et d’anatomie et d’histoire naturelle.
À la fin de la journée, juste avant qu’il ne doive repartir, je lui ai posé la question ultime : Que pensez-vous de Marthe?

- Répétez moi son nom

- Marthe

- Ne vous approchez pas d’elle

- Pourquoi?

- Elle est folle; elle croit que les insectes ne parlent pas. En fait, elle à horreur de nous, elle nous déteste. Voyez vous?

- Mais, je l’aime

- Vous avez toute votre tête. Ne la partagez pas. Conservez-là telle quelle. Ne revoyez plus cette Marthe. Je dois partir.

Sur ces mots, il m’a quitté aussitôt en ajoutant seulement : Longue vie! Je lui ai dit : longue vie au roi, et je l’ai vu disparaître vers le couchant. Cette nuit-là, je me suis endormi en échangeant quelques paroles avec les lucioles.

Je n’ai plus jamais revu Lancelot du Lac, ni Marthe d’Ailleurs. Je coule maintenant des jours paisibles avec mes amis cafards et punaises et fourmis, dans mon appartement de l’avenue des écureuils fous et je suis heureux.