jeudi 2 juillet 2015

J'ai soif

Rayon de Vénus vacciné, vermifugé, lumière improbable, se faufilant par une slot à 30 sous
Visage illuminé du monstre à deux piastres et demi, perdu entre huit cents chiens, chats, vis de démontage, sur l'étal du temps.
Mirage à lunettes et absence de menu, orange austère fignolant la matière brutale indestructriste.
J'ai soif

Pour une poignée de trèfles à trois feuilles, échanger son âme contre un peu de malchance ou l'arracher à la terre ou à la mère.
S'en aller ailleurs où rien ne pousse, là où l'écureuil craque pour toi mon coco.
Le Goéland crie à s'époumoner pour éloigner ceux de son espèce, il leur donne le signal de s'en venir belliqueux et beaux.
Paradoxe de pains et de jeux de société blasée au fond d'un baril de pétrole vert et de torture réglementée, criss.

Amianté de la tête aux genoux et marchant sur les braises bleues d'une histoire inventée par les abeilles de ma science et dont le miel m'accélère en nanoparticule dans le seul temple que je connaisse.
J'ai soif

Pour un truck loadé d'engrais amincissant, à la petite cuiller, saupoudrer les champs de mine de la matière douce achetée en gros chez Costco.
Devenir jardinier du désert, s'évertuer à faire pousser l'envers du miracle à l'endroit.
Sens unique, cul-de-sac-à-pied-de-poule-morte-en-l'an-quarante, s'en donner à coeur-peine pour faire le contraire encore.
Équinoxe d'électron amidonné allant à ravir jusqu'à la moindre étincelle de splendeur falsifiée dans un système fermé.

Le risque en valait l'ampoule sur mes pieds nus comme un verre, comme un grain de sable, petite roche d'adrénaline carbonisée, venue d'ailleurs, je ne sais rien.
J'ai soif

samedi 20 juin 2015

Flash

Météorite, caillou, file l'étoile, photoshopé par les anciens, polaroïdé par ma mère, ce n'est rien, rien
Une étincelle de luciole, un éclair blanc ici, un pulsar là-bas, énergie instantanée éphémère, un pet

Comète, prophétie d'un temps nouveau, menteuse, la transmission au plafond de l'araignée électrique.
Pierre qui roule dénonçant la stabilité des récolte de fruits de la passion d'Harold pour mauve ciel d'écume parké entre deux ventilateurs dans le vide

Je suis là, Jupiter aussi, comme un romain tous les soixante-quinze ans
L'engrenage d'une horloge étherée dans l'huile de patates frites
Y mettre un bâton, un pogo de fer, prendre et donner le temps
L'être est être est hêtre. Arrête ou Fresne, d'un poisson, d'une hyène ou Cheyenne, disparus

Courir l'orbite de ma terre dans un œil couleur de lune, flash de soudure, éclat de métal, trop véloce
Le plancher des vaches retardataires, ce bon vieux bouc rouge, sinon les tsars, les tzars.
Tout tourne dans le bon sens, même si ça n'en a pas, ça suit son cour d'eau de pluie, d'au revoir, d'O Canada et moi je respire

dimanche 10 mai 2015

Vidange Puante

Ça sonne à la porte, je sursaute. Nous étions tranquille juste avant, Nous jouions au hockey sur la playstation. Quand c'est moi le gardien, je suis toujours sur les nerfs quand ça sonne, mon cœur arrête de battre
- L'gros, va répondre.
- Ah non, c't à ton tour.
- M'en câlisse. Si tu lève pas ton gros cul, on t'enwèye dans 'a cave à bibittes.
- Hostie, vous êtes fatikant a'ec ça. Et il se leve, résigné, humilié encore.
- Fuck, c'est Vidange Puante, man.
- Ouan, pis? Rouvre. Josée entre rapidement et referme aussitôt la porte derrière elle. Le gros dit :
- Criss que t'es maig' toé. La prochaine fois, sonne pas, passe par la fente de la boîte à malle.
Et il éclate de son rire de gros cave, fière de sa joke, qu'il avait sûrement cuvé pendant des jours.

Josée travaille sur Ontario, entre Fullum et le viaduc du CP qui sépare Centre-Sud d'Hochelaga. Entre 2 pipes, elle vient nous voir pour acheter son stock. Quand ça allait bien avant, elle pouvait venir deux ou trois fois par soir, mais maintenant, elle en a perdu comme on dit. Les joues creuses, le teint fluo, les jambes poqués, ça marche moins ses affaires, mais elle réussit encore à pogner quelques vieux criss, pour qui un trou c'est un trou.
- Tu nous doés tu d'l'argent, toé? Que je lui demande pour l'écoeurer encore. Je fais toujours ça, même si je sais que je ne lui aurait jamais rien laissé sans argent.
- Non, non. Vomie-t-elle de sa gueule croche constamment en mouvement.
- Chu sûr qu'tu doés d'quoi. L'gros, checke donc dans l'cal'pin. Chu sûr qu'y'a une page pour Vidange Puante. Et je lui souris, en ajoutant : Ben oui, c'est toé ça!
- Non, y'a rien.
- Checke comm 'faut, calvaire, chu sûr qu'a nous en doé.
- Ok, crissez-y patience, qu'a décâlisse. S'impatienta Bozo, qui ne parlait jamais vraiment beaucoup.
- Bon, ok, qu'est-ce tu veux, ma princesse?
Josée remonte sa robe jaune sale, jusqu'à ses petites culottes sales jaunis, d'où elle sort un billet rouge tout frippé et humide, qu'elle me tend en tremblotant.
- Ah non, criss, c'est dégeu ça. Va l'changer au dépanneur.
- Niaise pas, c'est d'l'argent. J'en veux 2.
- L'gros, va chercher un paire de pinces, moé, j'touche pas à ça. Il sort de la pièce.
- 'ttends un peu ma jolie, j'veux pas pogner l'sida.
Quelques secondes après, Kevin, le gros, réapparait avec les pinces dont on se sert en guise de robinet. Il me les lance. Josée me tend le billet que je prends entre les mâchoires des pinces. Je lui lance ensuite les 2 sachets, à ses pieds.
- Quin.
Elle s'empresse de les ramasser et de se les foutre au même endroit d'où elle a sortie le 50 dollars.
- T'es certaine que tu t'les f'ras pas voler, hein, ma pitoune?
- J'peux tu sortir par en arrière?
- P'quoi faire?
- Parc'que j'm'en vas par là.
- Ben oui, dégage. Elle sort.
Je reprends ma manette et continue la partie, pendant que le gros est aux toilettes. Je compte 3 buts rapidement contre une équipe sans tête, sans doigts. Lorsque le gros revient de son envie, je crie : Next!
- Heille, t'es ben crosseur.
- Fuck you, man. Tu peux pas t'en aller d'même en plein milieu d'la game. T'es out! C't'à toé Bozo.

HAAAAAAAAN, la sonnette me fait échapper ma manette.
- L'gros, va répondre.
- Encore moé?
- Cave à bibittes, le gros. Il s'exécute. C'est un chauffeur de taxi. 
- Ma cliente est entrée ici. Elle m'a dit attends, je reviens, mais là, ça fait 15 minutes que je l'attends.
- Tu t'trompes de place. E'est jamais v'nu icitte. Et il lui claque la porte au nez, le gros sans-dessein.
- Sti d'gros cave! Que je lui crie. Je me lève d'un bond et je cours à la porte.
- Monsieur, monsieur, désolé, mon ami voulait vous faire une farce. Votre cliente est bien ici, elle avait juste oublié de nous avertir. Combien ça coûte?
-$9,85
- Tenez, voilà 20 piastres et gardez le change pour votre dérangement. Le chauffeur s'en va, le sourire plein la face. Je claque la porte et je crie :
- L'gros, viens 'citte, mon tabarnak.
- Quoi? Qu'il dit avec sa grosse face de je-comprends-pas.
- Sais-tu ce qui s'rait arriver si j'avais pas été là mon gros criss de 2 d'pique? Que je dis en reprenant la manette.
- Non.
- Non?
- Non. Je lui lance la manette en pleine face et je me lève.
- Le chauffeur de taxi aurait appelé les cochons, pis ils s'raient v'nu nous collecter. Tu penses tu vraiment que c't'une bonne idée?
Et je commence à le fesser. Je dis à Bozo et Botche d'ouvrir la porte de la cave à bibittes, et nous poussons le gros dedans, Nous barrons la porte et nous retournons jouer, jusqu'à ce que le gros se mettes à pleurer et nous à rire. À la fin de mon quart, à minuit, je pars, destination les foufs

lundi 4 mai 2015

Inukshuk


Aujourd'hui, 2 mai, lendemain de manifestations anti-austérité, anti-capitalisme, sauvagement réprimés par le bras armé du gouvernement qui a gazé tout le monde, jeunes enfants inclus. Je suis déprimé, écoeuré, découragé.

J'arrive au Esso, pour m'acheter des cloppes et quelques cannes de bière, il est environ 17:00. Une fille est couchée sur le trottoir, entre les deux poteaux qui portent bien haut le prix boosté de l'essence. Elle est toute croche, à moitié dévêtue; elle exhibe, et je suis certain qu'elle s'en balance, ses bobettes couleur peau. Elle a l'air vraiment mal en point. Ça me pince le cœur, je m'arrête. Je ne sais pas du tout quoi faire, mais refuse l'option de ne rien faire. Je m'approche d'elle et je lui demande si ça va, si je peux l'aider. Elle marmonne, elle crie, elle marmonne, des trucs que je ne comprends pas. Un homme respectable en cravatte à oeillères passe en accélérant le pas. Je m'approche et m'accroupie vers la fille. Elle m'accroche le bras et me montre le chapelet qu'elle a au cou. Je me dis : oui Jésus t'aime et il va t'aider, mais je ne sais toujours pas quoi faire. Une dame arrive en trombe dans son char rouge et m'interpelle. Je me penche vers l'habitacle de l'auto; il y a un poodle, sur le côté passager, avec elle à l'intérieur, tranquille. Un autre gars s'approche, le genre crasseux, anarchiste, artiste sale, en BMX. Il demande, confus, «May I help? What happened?». «I don't have any idea» que je réponds avec mon accent du samedi. En même temps, la dame au poodle m'explique qu'elle a tout vu, que 2 chinois et un haïtien, l'ont «garocher» en dehors du char de taxi, ont prit son porte-feuille, ont fouiller dedans pour en sortir l'argent, et qu'ils se sont «poussé».

Je reviens à la malheureuse. Elle a les yeux bridés et est joufflue comme une inuïte. Une larme coule sur sa joue que je préfère imaginer rouge de froid sous une capuche de fourrure. Je pense à toutes ces amérindiennes disparues et dont tout le monde se fout éperdûment. Je me dis que celle-là, on va l'aider. Mais je ne sais toujours pas quoi faire. Elle est paniquée, soûle, gelée, je ne sais pas très bien. Je lui passe la main dans les cheveux, doucement et lui demande son nom. Elle semble penser que je suis loin, que je n'existe peut-être pas. Elle essaie de se lever, pendant que je me dis que ce n'est pas une bonne idée. J'essaie de la calmer, mais ça ne fonctionne pas. Je ne sais pas quoi faire. Elle crie enfin quelques mots que je peux comprendre : «I wanna go home» Je lui demande where does she lives et lui montre mon téléphone imbécile. «Is there anybody we could call to come bringing you home?» «No, I want to go home». Je reste patient. Je suis Inukshuk.

Elle réussit à se mettre sur pied de marin. Elle crie «I'm going home, leave me alone». Elle se dirige maintenant vers le boulevard Rosemont qu'elle s'est mis en tête de traverser. Elle tangue et n'a pas vraiment d'équilibre. Je n'arrive pas à la retenir, je suis incapable d'utiliser la force; tellement doivent l'utiliser contre elle. Je dis non, reste là stp, je vais t'aider. «I just want to help, believe me, what is your name?» En une fraction de seconde, elle est déjà dans la rue, je la suis, je ne la touche pas, je me transforme en bouclier. L'anglo crotté au BMX viens nous rejoindre, la prend par le bras et la ramène avec juste ce qu'il faut de fermeté, pendant que les chars en cravatte s'impatient et klaxonnent. Les criss...

On réussit à l'assoir sur l'estale où il y a une machine qui vend de l'air, même si t'as juste un vélo. Elle s'étend et tangue, et tangue. Je mets ma main sur la brique pour ne pas qu'elle se fracasse la tête. Désarmé, je me décide à composer le 911, dernier recours. Ces sûr que ces imbéciles vous lui donner un ticket, mais je ne peux pas l'aider d'avantage, je ne peux pas la laisser là de même.
- Bonjour, 911
- Oui, j'appelle pour vous signaler qu'y'a une fille en pleine rue qui va pas ben pantoute.
- Qu'est-ce qu'elle a?
- J'sais pas trop. L'aut' madame m'a dit qu'ils lui ont volé son portefeuille pis qu'ils l'ont crissé en bas du char. Pis là, on wé ben qu'est maganée.
- Et qu'est-ce qu'elle a la dame?
- J'sais pas trop, 'est g'lé, 'est soûle, a pleure.
- Monsieur, est-ce que vous demander une ambulance? Je me demande si je dis oui si ça veut dire que c'est moi qui va payer.
- Euh, ben, j'sais-tu moé? J'te dis qu'est maganée, j'suis pas docteur, mais j'dirais qu'elle a besoin d'quequ'un en tout cas.
- Ok, on vous l'envoie. De quelle couleur était l'auto des fugitifs?
- 'cune idée, je l'ai pas vu.
- Il y avait combien de personne dans l'auto.
- 'cune idée criss, je viens de te dire que je l'ai pas vue. C'est l'aut' madame qui l'a vue.
Je passe le téléphone à Dame poodle et je vais m'assoir à côté de l'esquimaude qui est aussi dépaysée qu'un ours polaire soûl en plein Montréal. Elle se balance involontairement. Je remets ma main sur la brique pour lui éviter une commotion encore plus grande. J'essaie de lui parler comme si je parlais à un bébé phoque pour l'apprivoiser, elle me décoche un coup de poing en pleine gueule avec la force à peu près équivalente à celle d'un lemming . Je n'aime pas trop quand même, je me lève en disant fuck off. Le punk me dit qu'il doit partir, je lui dit bye, merci, en me disant que moi non plus je ne passerai pas la nuit ici.

Le téléphone sonne. Aucun identifiant. Je ne réponds pas habituellement, mais je me dis que ce doit être le 911.
- Oui allo
- Bonjour, c'est Urgence-Santé, vous êtes où exactement?
- J'vous l'ai dit taleure, Iberville/Rosemont, au Esso, même un chauffeur de taxi trouverait ça.
- Le technicien d'Urgence-Santé ne vous voit pas.
- Ben c'parc'qu'y'é pas là, moé non plus je le wé pas. Y'en a jus'un criss d'Esso su'l'coin. Grouillez-vous, j'sais pas quoi faire là.

Évidemment, la police arrive avant les soins. Deux poulettes en pantalons d'armée, rose pour l'une et bleue pour l'autre, descendent du véhicule. Je leur fais signe en pointant la mire de tout ce brouhaha.
Quelques secondes plus tard, arrive finalement le véhicule d'Urgence-Santé, d'où émerge un colosse. Je me demande si les 2 poulettes et le colosse ne devraient pas échanger de véhicule, mais je ne dis rien. Tous rassemblés maintenant, formant un igloo autour de celle qui aura sans doute une contravention pour ivresse sur la voie publique, je dis à King-Kong de faire attention, que la fille va se cogner la tête. Il ne fait rien, comme si cette phrase était sortie de la bouche d'un parfait imbécile, impertinent. Bang! Elle se cogne la tête, j'hoche la mienne en faisant claquer ma langue de désapprobation. Je regarde au ciel et je dis câlisse.

Je demande à une des deux polices si je suis indispensable. Elle me dit non c'est beau.
Je m'en vais rejoindre B. sur son balcon, armé de 2 cannes de bières, en me disant que j'avais quelque chose à raconter, mais que j'étais toujours aussi déprimé.


samedi 28 juin 2014

L'affiche

Je n'ai pas envie de rester seul aujourd'hui. Avant je ne demandais que cela, j'avais honte, je fuyais les gens comme la peste. Je me disais que tout le monde était fucké, que je n'allais pas avec eux. Les alphas, le suiveux, le blanc, le noir, le bien, le mal, je n'ai jamais été certain de comprendre tout cela.
J'ai envie de voir des gens maintenant, de m'oublier, de les regarder être fuckés.
J'ai fait le tour de mon intérieur, j'en connais tous les recoins. C'est tout meublé, c'est même un peu encombré dans certains garde-robes. Pleins de niaiseries jonchent le sol et les tables, éparpillés, des pensées de philosophes, des flashs de vacances, une photo de maman, des morceaux de métal blanc, une plume d'oiseau.
Je veux sortir dehors désormais, tailler la haie, planter des fleurs bleues.

Maintenant que mon intérieur est si plein, que ma pensée est libre, loin de la vôtre, sur un chemin de campagne, je veux briser tous les tabous, savoir tout ce que vous cacher. Je couperai la clôture derrière laquelle vous vous cacher, je veux m'humaniser, devenir anthropopsychosociologue, je veux trouver le bogue que forcément vous avez.

Tout le monde a un bogue, je le sais, même moi. Ce sont justement ces bogues qui m'intéressent. Le mien, c'est que je suis un collectionneur invétéré d'affiches recherchant les chats disparus; j'en ai vraiment de belles en couleur et en noir et blanc, faites par ordinateur ou à la main. Tout le monde a son bogue, je n'ai pas à en avoir honte, ce n'est pas ma faute, c'est plus fort que moi. Quelqu'un est entré par effraction chez-moi quand j'étais ti-cul et me voilà collectionneur.

Je suis tellement accroc qu'il faut que j'égorge les chats pour satisfaire mes «cravings» d'affiche. Le pire dans tout cela, c'est que j'adore les chats, les cajoler, les faire ronronner. Je ne les tue pas par plaisir ou par mesquinerie, mais par nécessité. On est collectionneur ou on ne l'est pas.

Je ne veux pas rester seul aujourd'hui. Je ne veux pas voir les yeux des petits minous après leur avoir trancher la gorge; ils me font trop pitié. Ça me fait de la peine de les voir mourir encore et encore.

Ma collection a débuté il y a environ vingt ans. Le chat de ma copine de l'époque, une graphiste, ayant disparu, elle avait conçu une petite affiche toute mignonne, pour la recherche de son animal. Plus tard, après avoir quitté cette dernière, il ne me resta de son souvenir, qu'un exemplaire de l'affichette que j'ai gardé contre mon cœur depuis.

Quelques années plus tard, j'avais une autre copine qui avait un chat. Cette fille avait une écriture superbe. Venant de nulle part, je me suis demandé quel genre d'affiche elle ferait si sa chatte disparaissaît. C'est là que tout a commencé.

La première fois c'est la plus difficile, il faut passer outre un certain nombre de tabous. Je l'aimais vraiment ce chat, mais l'affiche à venir m'obsédait.

Une nuit que ma copine était partie en camping avec ses amies, j'ai amené la minoune dans la cave, je l'ai pris par la queue et je l'ai accroché sur le support à vélo avec une épingle à linge. J'ai sortie la griffe de grizzli que j'avais acheté à Vancouver quelques années plutôt et je l'ai aiguisé sur la meule. Puis, en pleurant, j'ai tranché la gorge du chat, d'un coup. La bête est morte sur le coup, je ne voulais pas qu'elle souffre. Après avoir enterré sa petite carcasse sur le bord de l'allée, j'ai chialer toute la nuit.

Le lendemain, quand ma copine revint je braillait toujours parce que Bouboule avait disparut. Elle savait combien je l'aimais.

À bout de patience, trois jours plus tard, je fût récompensé. Lorsque ma dulcinée me montra les affiches qu'elle avait fait imprimer, je fût au comble du bonheur. Elle l'avait écrit avec son écriture du dimanche et avait ajouté la plus belle photo possible du félin. J'étais consolé, tout à fait. J'avais mon affiche. C'est à ce moment que j'ai commencé ma collection.

Partout où j'allais, quand je voyais un avis de recherche sur un poteau, je le décollais soigneusement et le mettait dans ma poche, mais ultimement ça n'a pas suffit et j'ai commencé à égorgé les chats en série, pour avoir une histoire derrière chaque affiche. J'en ai désormais 143 dont 22 plus précieuses auxquelles j'ai participé.

Certains peuvent trouver ça fucké, mais moi je dis que tout le monde a son bogue, moi je collectionne les affiches de chats disparus. Est-ce sain? Qu'est-ce qui est sain ou non? Qui peut juger? Pourquoi collectionnerait-on les macarons et non les affichettes de chats perdus? À mon avis, celui qui ramasse les macarons est pas mal plus malade que je ne le suis. Je ne fais de mal à personne. Pour chaque chat que j'égorge, il est donné la chance à une autre d'être adopté. Aussi, je permet aux gens de s'exprimer artistiquement; tout le monde y gagne.

Je me promène à travers les différents quartiers de la ville et j'essaie d'identifier les plus belles bêtes, celles qui ont des colliers, ou que sont de race pure, ainsi que leurs itinéraires. Ensuite, je fais ce qu'il y a à faire, la nuit, quand tous les chats sont gris. Ça me coûte de le faire, je pleure toujours en le faisant, mais il faut ce qu'il faut.
Puis, je reviens quelques jours plus tard pour quérir ma récompense. J'en ai de belles, veux tu les voir?

Mais aujourd'hui, je veux aller vers les gens, il y a trop de chats dans mon salon, dans mon lit. Je veux savoir quelle est votre lubie, pour vous raconter la mienne.

dimanche 22 juin 2014

Char de marde

Au volant de ta rutilante voiture rouge, un gros huit sous le capot, la pédale au fond, la loi faite pour toi, faite pour toi dans ton char, faite pour toi ton char, tu t'en va gazer à 4 miles de chez-vous (T'as pas remarquer qu'ils ont fermé 75% des stations, pour être sûrs que tu brûle du gaz même pour aller faire le plein). Ça te fait faire un tour. T'es fier, t'as des couilles dans ton char, une hooostie de paire de grosses couilles. Un quelconque piéton fait un geste pour traverser la rue, t'accélères. Un écolo chiâle contre le pétrole, t'accélères et t'en brûles plus avant qu'il n'en reste plus. Si tu pouvais tout le brûler... Un chat traverse la rue tranquillement, t'accélères, il n'a pas d'affaire là, nul n'est sensé ignorer la loi.

C'est pour ça que tu es toujours dans ton char. Tu es à l'abri, tu es blindé. Tu peux crier après tout le monde, la bave au menton, tant que tu es à l'abri dans ton char, hosti de malade mental. Normalement tu prends ton trou, tu es tellement médiocre, mais dans ton char, tu es tout-puissant; Iron Man, c'est toi.

Aweye, tasses-toé sti d'piéton d'marde. Ôtes-toé d'dans rue sti d'cycliste de marde. Va faire un détour de 3 miles su ta pisse cyclab', pis mets-toé un cas', j'pourrais t'frapper pis ce s'rait d'ta câlisse de faute. Faut j'aille gazer, avant qu'ça r'monte encore. TASSES-TOÉ, CRISS!! Tu brûles pas d'gaz toé, tu nuis à l'économie, t'es un moins que rien.
Un écureuil : Splat! Un chien : Splat! Une grenouille : Sprout! Des petits canards : Sprout!, Splat, Pouish! Fiou, je viens d'éviter la prison.Une moufette : Ah non, je l'évite, sinon mon char va puer; de quoi j'vais avoir l'air avec un char qui pue?

Toi qui devient ton char, toi qui textes au volant, j'ai bien peur que tu frappes un homme un jour. Mais, je me dis dans mon cœur que tu vas frapper un orignal, pis qu'au loin t'entendra « Clap! Clap! Clap! Bravo Champion!»

Quand je vais te croiser et que je te dirai écrase, tu vas baisser le yeux et tu penseras à ton accélérateur de jadis, mais tu seras impuissant, comme tu l'es sans doute déjà, et tu t'écraseras. Enragé du volant, je t'emmerde,

dimanche 25 août 2013

Les Cigales du Temps


Je ne peux pas écrire aujourd’hui. Je n’ai pas le temps. Le ciel est trop bleu, le feuillage des arbres trop vert, l’armée de cigales au parc trop intense. Il y a tellement de cigales qui parlent en même temps que le trafic même n’ose plus s’exprimer. Il est coi le trafic quoi. Le trafic, cet ennemi sans cœur, sans tête, m’en veut. Il me menace, n’a aucun respect, il veut m’écraser, me péter la yeule, mais les cigales ici au parc assurent ma défense. De leurs ailes de feu, de leur savante technologie, ils brouillent les ondes sonores, le harcèlement du trafic. 

Je m’enfonce dans le parc. Je vais me cacher derrière ma garde rapprochée, mes soldats les plus expérimentés, mes troupes d’élite, les arbres. Le trafic ne peut rien contre moi ici, il ne m’atteint plus, il m’attend. 

Je ne peux pas écrire aujourd’hui. Je n’ai pas le temps. Il y a trop d’idées dans ma tête qui se disputent mon attention, mais sans vraiment de suite. Une idée différente à chaque fois, comme dans Twilight Zone au 642, ou au 35 si t’as des laines d’acier sur les antennes, ou au 1 dans ma tête. 

Je ne peux pas écrire aujourd’hui. Je n’ai pas le temps. Il faut que regarde la madame qui, tenant son chien en laisse, trouve le moyen de jouer à la baballe avec lui. Je n’ai pas le temps, il faut que j’aille couper la laisse du chien avec mes dents. Il faut que je regarde l’autre madame à côté qui sors son lunch, pour voir si elle va sortir un yogourt grec. J’ai envie de rire. 

Je n’ai pas le temps d’écrire, il faut que je prenne ce que le soleil a à donner. C’est maintenant que ça se passe. Il deviendra gratteux, le soleil, cet automne. Il fera, comme une cigale à l’envers, des provisions pour l’été prochain, il ne partagera plus pendant que les bonhommes de neige chanteront. Le trafic carbure au gaz, moi je carbure à la vitamine D. Il faudrait que le trafic carbure à la vitamine D. En plus d’être insolent, il brûle du gaz le trafic, il me fait perdre mon temps, il brûle mon temps. 

Ça prouve que je n’ai pas le temps d’écrire. Le temps que le trafic me brûle, c’est du temps que je n’ai pas pour écrire. Aussi bien prendre mon cahier et le lancer dans le trafic pour qu’il brûle ça aussi. Quin, hostie, fini de niaiser avec le temps. C’est décidé, je ne le prendrai plus le temps. Je vais le laisser là sur le comptoir. Il aura vraiment l’air d’un imbécile. Je vais l’avoir le temps, il faut toujours l’avoir, mais je ne le prendrai plus, je vais le narguer. Je vais faire comme s’il n’existait plus. Je devrai entraîner une armée de cigales à brouiller le temps. Je vais faire ça quand j’aurai le temps.  

Comme je disais, je n’ai pas le temps d’écrire, c’est mon crayon, ma main, qui le font. Je leur ai dit de s’arranger avec ma tête, que moi je n’avais pas le temps, que j’allais dehors. Ils s’arrangent bien ensemble et moi je peux faire autre chose, comme boire de l’eau, respirer, contempler. 
 
Je n’ai pas le temps d’écrire, les écureuils me font de grands signes là-bas, pour que j’aille les rejoindre hors du temps, hors du trafic, loin du gaz-temps, dans une autre dimension, un autre épisode de Twilight Zone. Je me fais lancer une noix sur la tête par un cucu et je l’entends rire. Je lui fais signe d’attendre, il rit encore plus fort. Il ne sait pas ce qu’est le temps, il n’en a pas, il est là, maintenant, pour toujours, maintenant.
 
 
Une chose incroyable arrive quand tu es honnête avec toi-même et que tu commences à faire ce que tu aimes, ce qui te rend heureux. Ta vie ralentit, littéralement. Tout simplement, tu arrêtes d’attendre les évènements spéciaux à venir. Tu commences à vivre le moment présent et tu redeviens humain. Tu ne fais que surfer sur l’onde qu’est ta vie, avec ce sentiment de plénitude et de joie. Tu avances avec fluidité, constamment, calmement, reconnaissant. Le voile est levé, une toute nouvelle perspective est née.

samedi 24 août 2013

Zippo


La flamme d’un zippo usé sur la mèche longue d’un pétard mouillé
Le buvard inconscient qui n’essuie pas mais barbouille la feuille de mes jours présents
Le temps tonitruant à l’envers du silence du soleil, lunaire, dansant, là-bas

La flamme des jours passés sur la mèche courte d’une bombe à retardement
Les yeux du chat, du chien, les miens essuyés et les leurs barbouillés 

Moulins d’étoiles éclairant la forêt désenchantée de mes nuits solitaires, où pousse l’espoir vain de jours merveilleux où bonheurs sont des fleurs et malheurs des fleurs

Une cour arrière, avant, où j’étais, où le zippo n’allume pas la glace, où mon moi d’avant revient en arrière, où mes jours passés et futurs sont présents
Le silence tonitruant d’une forêt lactée, où j’ébruite la rumeur d’une fleur solitaire

Libellule


Comme une libellule qui revient sur un quai exactement à la même place, dans la même position, je reviens à la même idée, aux mêmes images. Je n’ai pas de suite dans les idées. Mon idée passe en reprise au 2, au 4 si t’as l’câble. Je ne décroche pas, je tiens avec du velcro, je reste là, collé à mon idée comme le cadre d’une multinationale l’est à son murmure. Je me transforme en cette idée, je la deviens. 

Un pigeon s’approche à moins d’un mètre. De son bec pointu, il crève le nuage de mes songes. Je le regarde, je tends ma main comme s’il allait venir m’effleurer de sa joue, mais il bifurque, il ne me connait pas. Je pense à cet escargot auquel j’ai aidé à traverser la rue hier, parce que dans ma tête j’avais entendu scrounche en le regardant.
 
Je retourne à mon idée, la même pensée, velcrotée, libellulée. Je scrute mon idée, comme j’écoute une pièce de métal progressif. Chaque fois, j’y découvre quelque chose que je n’avais pas remarqué. Je la creuse avec ma pépine à souvenirs, mon idée. Je lui fais un lit pour qu’elle coule jusqu’à la mer, pour qu’elle dorme bien.

jeudi 1 août 2013

Le Train


On était d’accord su’a destination. On était jus’ pas «timés». On voulait s’en aller à’a même place, là où tout l’monde veut aller, là où y fait beau tout l’temps.
Pendant que j’me d’mandais quel moyen d’transport était l’plus adéquat, pis quand partir, toi t’avais déjà choisi l’train, pis t’avais ton ticket.
Faisait longtemps qu’j’avais pas voyagé. J’me sentais pas prêt à prendre le train, ça va trop vite le train. J’étais nerveux, j’tergiversais, mais j’voulais y aller là-bas, moi ‘ssi, a’ec toi.
Pendant qu’tu faisais tes bagages, moi j’me décrottais l’nez. J’me disais qu’tu m’attendrais, qu’tu m’aiderais à faire les miens, mes bagages.
Quand j’me sus réveillé c’matin-là, pis qu’j’ai vu qu’t’étais pus là, pis qu’tes bagages non plus étais pus là, j’ai compris qu’j’m’étais trompé.
J’ai sauté su’ mon bécik, pis j’me sus précipité à 'a gare, pis j’t’ai trouvé, t’étais déjà dans l’train. Chu débarqué d’ma monture, pis j’ai tapé dans ‘a f’nêt’, où t’étais assis. Tu m’as souri. J’ai collé ma main su’a vit’ comme dans les films pour qu’tu fasses la même chose, mais tu l’as pas fait. J’ai pu lire sur tes lèvres qu’tu disais qu’y’était trop tard. Le train s’est mis en marche. J’me sus mis à courir à côté du train en te criant d’m’attendre, mais tu m’entendais pas, la vit’ était trop épaisse, tu me r’grdais même pus, t’avais ouvert un magazine su’es oiseaux.
Quand j’t’arrivé au boute du quai, j’ai mis mes mains d’vant pour pas m’taper ‘a face dans l’mur, pis j’ai r’gardé le rest’ du train aller. J’ai pensé à courir en arrière du mastodonte, mais j’me sus dit que courir dans ‘a grosse garnotte, entre les rails, se serait jus’ bon à m’péter la yeule, faque chu resté là, sonné.