Ça sonne à la porte, je sursaute.
Nous étions tranquille juste avant, Nous jouions au hockey sur la
playstation. Quand c'est moi le gardien, je suis toujours sur les
nerfs quand ça sonne, mon cœur arrête de battre
- L'gros, va répondre.
- Ah non, c't à ton tour.
- M'en câlisse. Si tu lève pas ton
gros cul, on t'enwèye dans 'a cave à bibittes.
- Hostie, vous êtes fatikant a'ec
ça. Et il se leve, résigné, humilié encore.
- Fuck, c'est Vidange Puante, man.
- Ouan, pis? Rouvre. Josée entre
rapidement et referme aussitôt la porte derrière elle. Le gros
dit :
- Criss que t'es maig' toé. La
prochaine fois, sonne pas, passe par la fente de la boîte à malle.
Et il éclate de son rire de gros cave,
fière de sa joke, qu'il avait sûrement cuvé pendant des jours.
Josée travaille sur Ontario, entre
Fullum et le viaduc du CP qui sépare Centre-Sud d'Hochelaga. Entre 2
pipes, elle vient nous voir pour acheter son stock. Quand ça allait
bien avant, elle pouvait venir deux ou trois fois par soir, mais
maintenant, elle en a perdu comme on dit. Les joues creuses, le teint
fluo, les jambes poqués, ça marche moins ses affaires, mais elle
réussit encore à pogner quelques vieux criss, pour qui un trou c'est
un trou.
- Tu nous doés tu d'l'argent, toé?
Que je lui demande pour l'écoeurer encore. Je fais toujours ça,
même si je sais que je ne lui aurait jamais rien laissé sans
argent.
- Non, non. Vomie-t-elle de sa
gueule croche constamment en mouvement.
- Chu sûr qu'tu doés d'quoi.
L'gros, checke donc dans l'cal'pin. Chu sûr qu'y'a une page pour
Vidange Puante. Et je lui souris, en ajoutant : Ben oui, c'est
toé ça!
- Non, y'a rien.
- Checke comm 'faut, calvaire, chu
sûr qu'a nous en doé.
- Ok, crissez-y patience, qu'a
décâlisse. S'impatienta Bozo, qui ne parlait jamais vraiment
beaucoup.
- Bon, ok, qu'est-ce tu veux, ma
princesse?
Josée remonte sa robe jaune sale,
jusqu'à ses petites culottes sales jaunis, d'où elle sort un billet
rouge tout frippé et humide, qu'elle me tend en tremblotant.
- Ah non, criss, c'est dégeu ça.
Va l'changer au dépanneur.
- Niaise pas, c'est d'l'argent. J'en
veux 2.
- L'gros, va chercher un paire de
pinces, moé, j'touche pas à ça. Il sort de la pièce.
- 'ttends un peu ma jolie, j'veux
pas pogner l'sida.
Quelques secondes après, Kevin, le
gros, réapparait avec les pinces dont on se sert en guise de
robinet. Il me les lance. Josée me tend le billet que je prends
entre les mâchoires des pinces. Je lui lance ensuite les 2 sachets, à
ses pieds.
- Quin.
Elle s'empresse de les ramasser et de
se les foutre au même endroit d'où elle a sortie le 50 dollars.
- T'es certaine que tu t'les f'ras
pas voler, hein, ma pitoune?
- J'peux tu sortir par en arrière?
- P'quoi faire?
- Parc'que j'm'en vas par là.
- Ben oui, dégage. Elle sort.
Je reprends ma manette et continue la
partie, pendant que le gros est aux toilettes. Je compte 3 buts
rapidement contre une équipe sans tête, sans doigts. Lorsque le
gros revient de son envie, je crie : Next!
- Heille, t'es ben crosseur.
- Fuck you, man. Tu peux pas t'en
aller d'même en plein milieu d'la game. T'es out! C't'à toé Bozo.
HAAAAAAAAN, la sonnette me fait échapper
ma manette.
- L'gros, va répondre.
- Encore moé?
- Cave à bibittes, le gros. Il
s'exécute. C'est un chauffeur de taxi.
- Ma cliente est entrée ici. Elle
m'a dit attends, je reviens, mais là, ça fait 15 minutes que je
l'attends.
- Tu t'trompes de place. E'est
jamais v'nu icitte. Et il lui claque la porte au nez, le gros
sans-dessein.
- Sti d'gros cave! Que je lui crie.
Je me lève d'un bond et je cours à la porte.
- Monsieur, monsieur, désolé, mon
ami voulait vous faire une farce. Votre cliente est bien ici, elle
avait juste oublié de nous avertir. Combien ça coûte?
-$9,85
- Tenez, voilà 20 piastres et
gardez le change pour votre dérangement. Le chauffeur s'en va, le
sourire plein la face. Je claque la porte et je crie :
- L'gros, viens 'citte, mon
tabarnak.
- Quoi? Qu'il dit avec sa grosse
face de je-comprends-pas.
- Sais-tu ce qui s'rait arriver si
j'avais pas été là mon gros criss de 2 d'pique? Que je dis en
reprenant la manette.
- Non.
- Non?
- Non. Je lui lance la manette en
pleine face et je me lève.
- Le chauffeur de taxi aurait appelé
les cochons, pis ils s'raient v'nu nous collecter. Tu penses tu
vraiment que c't'une bonne idée?
Et je commence à le fesser. Je dis
à Bozo et Botche d'ouvrir la porte de la cave à bibittes, et nous
poussons le gros dedans, Nous barrons la porte et nous retournons
jouer, jusqu'à ce que le gros se mettes à pleurer et nous à rire. À la fin de mon quart, à minuit, je
pars, destination les foufs