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jeudi 1 août 2013

Le Train


On était d’accord su’a destination. On était jus’ pas «timés». On voulait s’en aller à’a même place, là où tout l’monde veut aller, là où y fait beau tout l’temps.
Pendant que j’me d’mandais quel moyen d’transport était l’plus adéquat, pis quand partir, toi t’avais déjà choisi l’train, pis t’avais ton ticket.
Faisait longtemps qu’j’avais pas voyagé. J’me sentais pas prêt à prendre le train, ça va trop vite le train. J’étais nerveux, j’tergiversais, mais j’voulais y aller là-bas, moi ‘ssi, a’ec toi.
Pendant qu’tu faisais tes bagages, moi j’me décrottais l’nez. J’me disais qu’tu m’attendrais, qu’tu m’aiderais à faire les miens, mes bagages.
Quand j’me sus réveillé c’matin-là, pis qu’j’ai vu qu’t’étais pus là, pis qu’tes bagages non plus étais pus là, j’ai compris qu’j’m’étais trompé.
J’ai sauté su’ mon bécik, pis j’me sus précipité à 'a gare, pis j’t’ai trouvé, t’étais déjà dans l’train. Chu débarqué d’ma monture, pis j’ai tapé dans ‘a f’nêt’, où t’étais assis. Tu m’as souri. J’ai collé ma main su’a vit’ comme dans les films pour qu’tu fasses la même chose, mais tu l’as pas fait. J’ai pu lire sur tes lèvres qu’tu disais qu’y’était trop tard. Le train s’est mis en marche. J’me sus mis à courir à côté du train en te criant d’m’attendre, mais tu m’entendais pas, la vit’ était trop épaisse, tu me r’grdais même pus, t’avais ouvert un magazine su’es oiseaux.
Quand j’t’arrivé au boute du quai, j’ai mis mes mains d’vant pour pas m’taper ‘a face dans l’mur, pis j’ai r’gardé le rest’ du train aller. J’ai pensé à courir en arrière du mastodonte, mais j’me sus dit que courir dans ‘a grosse garnotte, entre les rails, se serait jus’ bon à m’péter la yeule, faque chu resté là, sonné.

mardi 21 mai 2013

PARÉO ROUGE

…J’arrive à ton appart, il est neuf heures, j’entre, sans sonner, comme de coutume. Le chien ne jappe pas, rien ne bouge, qu’un son de plonge venant de plus loin et une toune, langoureuse, de Lila Downs. Je referme la porte derrière moi, je n’allume rien, qu’une cigarette, je range mon vélo dans le coin et je me dirige vers le fond, vers la cuisine, de mon pas lourd. Tu es de dos, devant le lavabo, à  laver la vaisselle. Tu ne portes qu’un paréo, rouge passion, qui te couvre du haut des seins au haut des cuisses. De ta voix musicale, tu me dis allo. Je ne dis rien, je suis occupé à te regarder, te mater, à te yeux-de-perversiser. Je m’approche de toi, tu tournes la tête doucement, en continuant de regarder ce que tu faisais et tu me tends tes lèvres, affamées. Je penche ma tête vers toi, toute petite, et nous échangeons un tendre baiser. Je m’assois à la table, je pose ma cigarette dans le cendrier, je dévelcrote mes sandales pendant que tu me chante : ça va? Je reste muet pendant que je pense « j’veux t’prendre, j’veux t’embrasser, j’veux t’fourrer, dret là, su’ ton comptoir». Tu me reposes ta question, sans te retourner, ça chatouille mon marteau, mon enclume, jusque dans ma peau, je m’approche de toi, je mets ma main sur ton ventre et je soulève ta crinière pour dévoiler ta nuque chaude qui me fait croire aux vampires. J’y pose mes lèvres et t’embrasse tendrement et je m’embrase lentement. De ma main, sur ton ventre, je cherche le chemin de l’ouverture, de l’exotique bande de tissu. Je la trouve, et j’ouvre ma grande main pour tout prendre, ta volupté. Je colle le bas de mon ventre sur tes fesses, tu laisses tomber ta mopette, ton assiette et tu fermes les yeux. Laissant ma bouche chatouiller ton oreille, tu laisses ma main descendre vers l’arrière de ta cuisse, que je serre comme un boulanger pétrissant son premier pain. Je t’écrase contre le comptoir, et laisse ma main remonter sur ta fesse dodue, tu lèves les talons, pour me montrer que tu approuves le projet. Je recule d’un pas, je te fais pivoter, te soulève et pose tes fesses sur le zinc, à la bonne hauteur. J’empoigne les deux lisières de ton vas-y-c’est-facile et découvre ton corps nu et frissonnant. Je te regarde et je te dis : «Sti qu’t’es belle. Wère si Dieu existe pas. J’en ai la preuve, j’ai la foi, je me convertie». J’enfouie ma tête dans ton bedon, je suis chez-moi. Je veux te posséder, maintenant. Mes yeux bifurquent vers ton paradis, vers ta promesse et je promets aussi…

dimanche 1 août 2010

Les étoiles

Faut que j’arrête de penser qu’un rendez-vous, qu’une soirée équivalent au mariage.
Faut que l’hypothétique cesse d’être, comme un moustique, une menace que nécessairement ça pique.

Elle me tend les bras. Qu’est-ce qui m’empêche d’aller m’y blottir? La peur d’y rester coller sans doute, la crainte d’avoir trouver peut-être
Elle me cherche, je me cache. Elle m’appelle, je tends l’oreille à l’autre qui est muette. Elle me fait signe, je détourne les yeux vers l’autre qui se cache.

Elle est disponible et disposée, l’autre est disparate et disparue.
Moi, mes pensées demeurent dispersées et disproportionnées; j’ai tellement peur de perdre quelque chose de précieux; je dis quelque chose parce qu’au fond je n’ai même aucune idée de ce que je pourrais perdre, ma solitude peut-être ou ma liberté ou mon égoïsme.

J’aimerais ça pouvoir me dire que oui c’est elle, mais c’est plus facile de me dire que ce n’est peut-être pas elle. Un pied dans l’eau et l’autre sur le sable, je me tiens entre le désert et la mer. C’est vraiment épais de penser que je peux être à la fois bédouin et marin. Les dunes m’attirent, mais les oasis s’y font rares. Les vagues m’émerveillent, mais la tempête, là-bas; devrais-je me battre?

Traverser le désert, ou braver l’océan? Ou escalader la montagne? Ou m’envoler vers la lune, les étoiles…Oui les étoiles…C’est pour ça…

jeudi 25 février 2010

Moi, Elle

C’est moi cette fois, juste moi. C’était moi avant aussi, mais je croyais que c’était elle. Elle ne me faisait pas croire que c’était elle, non, c’était moi, pas elle. Moi et elle c’était moi. Pour elle, c’était moi, pas elle, c’était moi, juste moi. Maintenant, je sais que ce n’était pas elle, mais elle, est-ce elle? Est-ce moi? Oui ce ne doit être que moi. Ça ne peut être elle, je n’y crois pas. C’est moi, juste moi

dimanche 6 septembre 2009

Le vieux criss, la grosse torche et F.

En s’étirant le cou, F. a demandé à ce gars qui la regardait fugitivement depuis la table voisine :
- Tu veux me parler?
Ce dernier, surpris et confus, a répondu malgré lui :
- Non…Euh oui…mais non…pas particulièrement
Puis F. a retourné son attention à la table où elle était assise avec le vieux criss et la grosse torche. À cette table, on épuisait les sujets les plus banals, allant de la marque de leurs tires de chars jusqu’au prix tellements ridicules de Costco. F. s’emmerdait donc à mourir. Elle s’était retrouvée en compagnie de ces énergumènes par ennui se disait-elle. Mais ce qui l’ennuyait maintenant, c’était qu’elle était incapable de se lever pour changer de place; cela la démangeait. Elle avait envie de discuter avec le gars de l’autre table, mais elle restait clouée là, malgré elle. Elle écoutait les deux morons discuter et plus la grosse torche et le vieux criss parlaient, plus elle se reprochait de ne pas être demeuré assise seule. À ses pensées, subitement, elle s’est levée et s’est dirigée vers le gars.

Elle s’est approchée de la table, du gars, de sa tête, de son oreille, le surplombant, elle lui a demandé :
- Tu fumes?
- Euh oui…La cigarette ou les substances illicites? Quoi que oui dans les deux cas de toute façon.
- Tu viens en fumer une avec moi? Dehors
- OK
Et ils sont allés se purifier les poumons ensemble. Ça s’est déroulé comme une séance de speed-dating. Tu fais quoi? Ou c’est que t’habite? T’as quel âge? Et ils sont retournés à leur place respective.

Le vieux criss, lorsque F. s’était rassis, s’est d’approché d’elle et lui a dit de ne pas s’approcher de ce gars, que c’était un vilain et qu’il avait une réputation de salaud. La grosse torche ajouta, elle, qu’effectivement, ce gars n’était qu’un bum de bas étage et que d’ailleurs une de ses amies l’avait essayé et que ça ne valait pas grand-chose. Toute cette merde orale, au lieu de décourager F. l’excita encore plus, mais elle ne savait que faire pour changer de table et elle décida plutôt de s’en aller. Lorsque quittant, elle a salué le gars, celui-ci s’est levé et l’a raccompagné jusque dehors en lui demandant pourquoi elle partait déjà.
- Je m’en vais manger des sushis avec ma chum
- Oh. Tu n’as pas encore mangé? Je comprends alors. Tu reviens quand? On a quelque chose en suspens il me semble.
- Il parait qu’il ne faut pas que je t’approche. C’est ce que les gens à ma table m’ont dit.
- Ce sont tes amis?
- Non
- Fiou. Je dis ça parce que ce sont les pires loosers de la place. Lui c’est un vieux criss qui s’essaie sur toutes les filles qui entrent ici, alors évidemment quand je plais à une fille, ça le fait chier puisqu’il devient automatiquement hors-compétition. Quant à elle, c’est une grosse torche qui expose ces fantasmes comme s’il s’agissait de faits réels, bien que dégueulasses et qu’à sa vue je viens bien près de vomir à chaque fois. Deux fois sur trois ou je viens ici, elle est là avec son uniforme laid de garde de sécurité dans lequel on peut apercevoir ses seins laids et pendant et son hosti de gros cul de grosse torche. Aussi, elle se balade souvent avec son bichon maltais aveugle que je me ferais plaisir d’écrabouiller sous mes semelles.
- T’es vraiment un bum. Je suis folle de toi.
- T’as des enfants?
- Tu veux m’en faire un?
- Je te fais des jumeaux si t’en as envie.
Ils se sont échangés leurs numéros de téléphone et elle est partie le cœur léger.

lundi 31 août 2009

Chercher l'amour

Je suis assis dans l’escalier menant à mon appart de l’avenue des écureuils fous, tranquille. Je bois un pepsi, je fume une cigarette, la chatte prend l’air, elle broute. Une fille passe; pas trop laide, ni trop jolie, pas trop mince, ni trop grosse, pas trop blonde, ni trop brune, pas trop souriante, parfaitement souriante. Je lui rends son sourire du mieux que je peux malgré mon air difficilement respirable. Elle me dit : «Nice cat». Je réponds : «Nice girl» lorsqu’elle est rendue à l’autre coin de rue, trois jours plus tard. Je me lève et je la regarde filer, au loin, avec mes yeux de taupe aveugle.

Je me dis pourquoi pas après tout. Je me lève précipitamment, la cigarette au bec, j’attrape la minoune d’une main, et ma canette de l’autre, je gravis les six-sept marches en criant sirop, je me vide les mains dans le corridor et j’empoigne mon vélo. Quinze secondes plus tard, je suis déjà en selle et j’engage la quatorzième en direction de la fille. Je la dépasse. Le cinéma Beaubien. Je vais voir les films à l’affiche. Encore les mêmes qu’hier. Je me force à regarder, à lire. C’est plate lire quand on s’en crisse. Bon c’est assez. Je reviens par le trottoir. Je m’arrête devant elle, je la regarde dans les yeux et je lui demande :
- Tu cherche l’amour?
- …
- Moi aussi, je le cherche
- …
- Si on le cherchait à deux, nous aurions plus de chance de le trouver.
Elle sourit et se rapproche. Elle me dit :
- Tu es beau
- Alors, ça te dit? Je vais ranger mon vélo et on part. Non, tiens, je le laisse là. Donnes moi la main.
Elle lève la tête vers moi et ferme les yeux. Je l’embrasse avec la passion de Lancelot pour Guenièvre. Nous nous prenons la main et nous partons chercher l’amour.

Ben non, tabarnak. Ces histoires-là ne sont bonnes qu’à écrire. Tu veux que je te le dise ce qui est arrivé? Quand je l’ai dépassé avec mon vélo, super subtile le gars, elle m’a regardé de travers. Quand je suis arrivé devant le cinéma et que je me suis tourné vers elle, j’ai remarqué qu’elle avait ralenti le pas et qu’elle se collait sur le bord des maisons. Moi, comme un hostie de comique, je suis aller vers elle et quand je me suis arrêté devant elle, elle a crié et a fouillé nerveusement dans sa sacoche et en a sorti son poivre de cayenne qu’elle m’a aspergé vigoureusement et elle s’est sauvé en courant et en criant.

Ben non, ciboire. En réalité, j’ai continué à fumer ma cigarette et j’ai imaginé les scénarios possibles et j’en suis venu à la conclusion que je ne suis ni un Don Juan, ni un maniaque et que l’amour je vais le trouver tout seul.

dimanche 19 juillet 2009

Course folle

Je suis le copilote d’un véhicule qui file à un rythme effréné. Je suis le passager d’une décapotable rouge qui fonce vers un mur infranchissable. Ce mur je ne le vois pas maintenant, mais il existe; je l’ai vu dès le début. Étrangement, plus nous avançons vers ce mur et moins je le vois; il devient flou. Je n’y crois pas moins pour autant, mais je ne peux plus le situer, alors je crains que nous le percutions et ça m’excites.

Quand elle est venue me proposer cette course, alors que j’étais au bord de la route depuis un bon bout de temps, la chose qu’elle m’a demandée c’était : « Tu vois ce mur là-bas, au loin? Si tu veux, tu monte avec moi et je t’amène jusqu’au mur. Tu auras fais un bout au moins» J’ai répondu que je ne désirais pas aller me péter la face contre ce mur. Elle a rétorqué que nous n’étions pas obligés d’aller absolument se fracasser contre le mur, mais simplement que nous ne pourrions aller au-delà, c’est tout. J’ai ajouté que je n’aimais pas les balades du dimanche. «Moi c’est 100 à l’heure, sinon je marche» que je lui ai dit. Elle a ouvert la portière, sans rien dire. J’ai craché par terre, je suis monté et l’ai embrassée passionnément. Depuis, nous accélérons sans cesse; le 100 à l’heure est largement dépassé. Je suis incapable de jauger la vélocité que nous avons atteinte. Elle me dit que je peux descendre quand je veux, que je n’ai qu’à lui dire de freiner, mais ça je n’en serai jamais capable; le mot frein est effacé de ma mémoire. Il est impossible de sauter du véhicule en marche; ça ferait autant de casse qui si je m’écrasais sur le mur. Je suis grisé et elle aussi. Je ne lui demande pas si elle voit le mur puisque je sais qu’elle le voit; c’est son mur. Je la laisse conduire et je lui fais l’amour et nous accélérons. Je ne regarde même plus à l’extérieur de notre bagnole, je n’ai de yeux que pour elle, ses cuisses, ses seins. Et dès que je reprends mon souffle, je la reprends elle aussi et je pense au mur; je ne dois l’oublier à aucun prix, même si je ne le vois pas. Je sais que nous n’avons pas changé de cap et que nous freinerons à temps, mais l’inertie... Je sais que le fin du trip arrivera et je crois que c’est cela qui rend la course plus folle. Tout est trop lent en dehors de notre progression. Nous irons jusqu’au mur, je descendrai du bolide, j’escaladerai difficilement ce mur et je continuerai mon chemin au-delà à pieds.

jeudi 18 juin 2009

Viens 'cite

Moi à la Belle :
- Dans ta chambre…mmm…
- Oui, mais pas le temps pour des cochonneries.
- Non? Tu plieras le linge tantôt…Étends toi…Juste un peu. Je te ferai pas mal.
- Non, mais c’est que j’ai aussi un souper à préparer, mes amies viennent manger!!!
- Rien à foutre de tes copines.
- Non. J’ai pas le temps.
Je m’assois sur le lit, Elle me surplombe, debout.
- Awèye donc, tu vas aimer ça.
- Qu’est-ce que tu me ferais?
- Des choses…
- Dis-moi.
- Douces ou salées, ou sucrées, ou piquantes. Pas de cochonneries.
- Pis ma corde à linge?
- T’à l’heure…Viens ‘cite.
Je la tire vers moi. Je lui murmure :
- Viens ‘cite.
- Non.
- Oui.
- Non.
- Ben oui.
- N…o…ui.
- Ben oui bébé.
- Mmm…

mardi 16 juin 2009

Sti qu'est belle!

Elle était derrière moi, dans la file pour la 100, ce matin. Elle était habillée légèrement; sandales noires, jupe ample noire, petit top noir et fichu noir et blanc porté en foulard. Il faisait très beau; c’était la première fois de la saison que j’étais sorti sans manteau. Nous venions de sortir du métro, elle et moi, où nous étions dans le même wagon; je l’avais trouvé belle, encore. Nous attendions l’autobus en avant de la file, parce que le véhicule précédent nous avait filé sous le nez. Nous avions donc sept ou huit minutes à attendre. Être si près d’elle pendant si longtemps, me rendait nerveux. J’ai pensé : «A va met’ le feu». Je ne savais pas si je pouvais me retenir de faire une connerie pendant un intervalle si long. Chaque fois que je la vois, un combat intérieur se déclenche : Dois-je la regarder ou pas? Finalement je ne réussis jamais à me retenir; Sti qu’est trop belle!

Aujourd’hui, j’ai pu voir ses bras nus. Comme je ne les ai pas vus de l’hiver, je les revoyais pour la première fois. Elle a une peau d’une blancheur d’ange des neiges. Ses bras, bien en chair de l’épaule au coude, se terminent plus finement, par de doigts gracieusement ciselés et lisses. J’la mangerais tout rond! Quand elle se tournait vers l’avant de la file, je ne pouvais que trop furtivement regarder la forme de ses seins et la peau de son cou, car, n’y tenant pas, je me retournais vers l’avant également, en me mordant la lèvre inférieure. «Sti qu’est belle!» était le seule phrase que mon cerveau pouvait produire, en boucle. Ensuite, j’attendais patiemment qu’elle se tourne vers l’arrière pour faire de même. Je pouvais ainsi, en sondant ses vêtements, imaginer la volupté de ses cuisses, de ses fesses, de ses hanches. Je l’aurais pris à pleine main! Puis, elle s’est retournée dans ma direction, et sachant que je la regardais ou ayant un petit frisson, elle a déplié son fichu pour qu’il couvre ses bras. Je me suis tourné à demi, pour pouvoir quand même garder une option sur son visage encombré de grosses lunettes fumées et d’écouteurs format géant qui ne favorisent pas vraiment la prise de contact. Je pouvais entrevoir ses lèvres juste assez charnues et ses cheveux que je croyais noirs avant ce matin : ils sont en fait parsemés de tons plus pâles. Je me suis demandé : «J’aurais tu le guts d’y parler si elle avait pas ça su’a tête?». Pour ne pas avoir l’air de trop la regarder, mon regard pouvait aussi se poser sur ses pieds dont les mignons ongles d’orteils étaient peints.

Quand nous sommes entrés dans le bus carré qui venait d’arriver, elle s’est assise sur le dernier banc de la rangée de sièges individuels, qui est du côté gauche de l’autobus. Moi, je me suis installé sur le long banc de côté qui est à l’arrière, tout juste à côté de la sortie. L’autobus s’est rempli, et tous ces gens debout nous ont séparés. J’ai ouvert mon Dosto et comme je ne la voyais plus, j’ai réussi à me concentrer sur ma lecture. J’ai pu le faire jusqu’à ce que, les gens debouts étant descendus, je m’aperçoive qu’elle avait dégarni sa tête de ses écouteurs et de ses lunettes. Elle attisait le feu. Entre deux phrases, je lui jetais de furtifs regards, dans l'intention que mes yeux croisent les siens, par hasard…Lorsqu’elle s’est levée, pour descendre à l’arrêt suivant, elle ne me voyait pas. Je l’ai suivi des yeux; je me suis imprégné de son image, de la tête aux pieds. Sti qu’est belle! Elle ne s’est jamais retournée et elle est descendue. Est-ce qu’un mâle ordinaire comme moi peut se permettre tant de largesse sans en subir les conséquences? J’aimerais trouver les mots parfaits à lui écrire sur un bout de papier. Et même si je les trouvais, accepterais-t-elle de les prendre de ma main? Voudrais-t-elle les lire? Sti qu’est trop belle!

Quand je suis arrivé chez-moi, ce soir, j’ai écrit sur un billet : «Le soleil, aujourd’hui, m’a dit que s’il s’était immiscé dans vos cheveux, c’était dans le dessein que vous lui appreniez à rayonner». J’ai plié soigneusement le papier et l’ai foutu dans ma poche. Je la reverrai peut-être dans quelques semaines, quelques mois ou qui sait, jamais. Le pire dans tout cela, c’est que même si je la recroise, ce bout de papier demeurera dans mes poches de jeans et il passera à la laveuse, encore, encore, encore.

Sti qu’est belle!

lundi 25 mai 2009

le souffle (dernière partie)

…Puis le téléphone sonne; je tente de te retenir, mais tu me files entre les doigts en me disant : «attends». Tu redescends sur terre; je m’écrase au sol. Tu dis allo; je me dis «d’la marde». Je te vois sourire; j’expire. Je ne sais plus qui je suis, ni qui tu es. Je me souviens : Tu m’avais dis : «Vaines attentes». Je réfléchis. Je débande. Je rougis. Je me rhabille. J’écris sur un bout de papier : «Je retourne dans le néant, adieu» et je m’en vais comme j’étais revenu…

mercredi 20 mai 2009

Le souffle (deuxième partie)

…Je ne veux pas que tu voies mon visage, que tu regardes quoi que ce soit. Ferme les yeux et tu verras. Je colle mes lèvres humides sous la ligne de ta chevelure, je te goûte, je te croque, je te laisse fondre. Je te sens ramollir et devenir entre mes mains la pâte que je désirais modeler. Je colle mon ventre contre ton dos, mais tes fesses…Tu t’élèves sur le bout des pieds, tu bouges, tu bouges. Mes mains maintenant sur ton ventre, je te murmure à l’oreille : Partons, partons loin d’ici, à l’autre bout de la galaxie, et au-delà. Tu tournes la tête légèrement, les yeux fermés, et tes lèvres, affamées, atteignent finalement les miennes qui, consentantes, acceptent les tiennes et leurs rendent leur sensualité. Alors, à mon tour je bouge, je bouge. J’effleure tes seins fugitivement, je guette ta réaction et toi pour me répondre, tu gémis presqu’imperceptiblement. Je redeviens un homme; fort, beau, grand, majestueux. Tu redeviens une femme; fragile, belle, douce, incroyable. Je te veux…

mardi 19 mai 2009

Le souffle (première partie)

Ne sens-tu pas mon souffle dans ton cou? S’il est aussi chaud, c’est à cause de toi; tu as mis le feu. Je soulève tes cheveux pour que ta nuque, nue, frémisse de cette énergie retournant chez elle. Ton cou, devenant le centre de l’univers, irrésistiblement, m’ordonne de respirer plus fort, plus vite, plus chaudement. Mes mains avec convictions, dès lors sur tes hanches, s’activent plus ardemment et remontent jusque sous tes aisselles, jusqu’à soulever tes tendres bras, et parcourant ceux-ci d’une main sans poigne, mais doucement, je les fais frissonner jusqu’à la pointe de tes petits doigts. Ensuite, mes mains reviennent à tes épaules que je pétrie fermement pour ne pas être que doux. Je les laissent remonter vers l’arrière de ton cou, que j’effleure du bout de mes grands doigts, et les laisses, dans leur désir instinctif, simultanément, aller mélanger tes cheveux à tes oreilles. Pour continuer, j’avance mon visage vers ta nuque et je te respire profondément; je veux m’imprégner de ton odeur si douce. Mon cœur se met à battre plus fort, tu t’emballes, je veux te déballer. Tu veux te retourner et me faire face; je te dis, d’un ton autoritaire, non…