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samedi 28 juin 2014

L'affiche

Je n'ai pas envie de rester seul aujourd'hui. Avant je ne demandais que cela, j'avais honte, je fuyais les gens comme la peste. Je me disais que tout le monde était fucké, que je n'allais pas avec eux. Les alphas, le suiveux, le blanc, le noir, le bien, le mal, je n'ai jamais été certain de comprendre tout cela.
J'ai envie de voir des gens maintenant, de m'oublier, de les regarder être fuckés.
J'ai fait le tour de mon intérieur, j'en connais tous les recoins. C'est tout meublé, c'est même un peu encombré dans certains garde-robes. Pleins de niaiseries jonchent le sol et les tables, éparpillés, des pensées de philosophes, des flashs de vacances, une photo de maman, des morceaux de métal blanc, une plume d'oiseau.
Je veux sortir dehors désormais, tailler la haie, planter des fleurs bleues.

Maintenant que mon intérieur est si plein, que ma pensée est libre, loin de la vôtre, sur un chemin de campagne, je veux briser tous les tabous, savoir tout ce que vous cacher. Je couperai la clôture derrière laquelle vous vous cacher, je veux m'humaniser, devenir anthropopsychosociologue, je veux trouver le bogue que forcément vous avez.

Tout le monde a un bogue, je le sais, même moi. Ce sont justement ces bogues qui m'intéressent. Le mien, c'est que je suis un collectionneur invétéré d'affiches recherchant les chats disparus; j'en ai vraiment de belles en couleur et en noir et blanc, faites par ordinateur ou à la main. Tout le monde a son bogue, je n'ai pas à en avoir honte, ce n'est pas ma faute, c'est plus fort que moi. Quelqu'un est entré par effraction chez-moi quand j'étais ti-cul et me voilà collectionneur.

Je suis tellement accroc qu'il faut que j'égorge les chats pour satisfaire mes «cravings» d'affiche. Le pire dans tout cela, c'est que j'adore les chats, les cajoler, les faire ronronner. Je ne les tue pas par plaisir ou par mesquinerie, mais par nécessité. On est collectionneur ou on ne l'est pas.

Je ne veux pas rester seul aujourd'hui. Je ne veux pas voir les yeux des petits minous après leur avoir trancher la gorge; ils me font trop pitié. Ça me fait de la peine de les voir mourir encore et encore.

Ma collection a débuté il y a environ vingt ans. Le chat de ma copine de l'époque, une graphiste, ayant disparu, elle avait conçu une petite affiche toute mignonne, pour la recherche de son animal. Plus tard, après avoir quitté cette dernière, il ne me resta de son souvenir, qu'un exemplaire de l'affichette que j'ai gardé contre mon cœur depuis.

Quelques années plus tard, j'avais une autre copine qui avait un chat. Cette fille avait une écriture superbe. Venant de nulle part, je me suis demandé quel genre d'affiche elle ferait si sa chatte disparaissaît. C'est là que tout a commencé.

La première fois c'est la plus difficile, il faut passer outre un certain nombre de tabous. Je l'aimais vraiment ce chat, mais l'affiche à venir m'obsédait.

Une nuit que ma copine était partie en camping avec ses amies, j'ai amené la minoune dans la cave, je l'ai pris par la queue et je l'ai accroché sur le support à vélo avec une épingle à linge. J'ai sortie la griffe de grizzli que j'avais acheté à Vancouver quelques années plutôt et je l'ai aiguisé sur la meule. Puis, en pleurant, j'ai tranché la gorge du chat, d'un coup. La bête est morte sur le coup, je ne voulais pas qu'elle souffre. Après avoir enterré sa petite carcasse sur le bord de l'allée, j'ai chialer toute la nuit.

Le lendemain, quand ma copine revint je braillait toujours parce que Bouboule avait disparut. Elle savait combien je l'aimais.

À bout de patience, trois jours plus tard, je fût récompensé. Lorsque ma dulcinée me montra les affiches qu'elle avait fait imprimer, je fût au comble du bonheur. Elle l'avait écrit avec son écriture du dimanche et avait ajouté la plus belle photo possible du félin. J'étais consolé, tout à fait. J'avais mon affiche. C'est à ce moment que j'ai commencé ma collection.

Partout où j'allais, quand je voyais un avis de recherche sur un poteau, je le décollais soigneusement et le mettait dans ma poche, mais ultimement ça n'a pas suffit et j'ai commencé à égorgé les chats en série, pour avoir une histoire derrière chaque affiche. J'en ai désormais 143 dont 22 plus précieuses auxquelles j'ai participé.

Certains peuvent trouver ça fucké, mais moi je dis que tout le monde a son bogue, moi je collectionne les affiches de chats disparus. Est-ce sain? Qu'est-ce qui est sain ou non? Qui peut juger? Pourquoi collectionnerait-on les macarons et non les affichettes de chats perdus? À mon avis, celui qui ramasse les macarons est pas mal plus malade que je ne le suis. Je ne fais de mal à personne. Pour chaque chat que j'égorge, il est donné la chance à une autre d'être adopté. Aussi, je permet aux gens de s'exprimer artistiquement; tout le monde y gagne.

Je me promène à travers les différents quartiers de la ville et j'essaie d'identifier les plus belles bêtes, celles qui ont des colliers, ou que sont de race pure, ainsi que leurs itinéraires. Ensuite, je fais ce qu'il y a à faire, la nuit, quand tous les chats sont gris. Ça me coûte de le faire, je pleure toujours en le faisant, mais il faut ce qu'il faut.
Puis, je reviens quelques jours plus tard pour quérir ma récompense. J'en ai de belles, veux tu les voir?

Mais aujourd'hui, je veux aller vers les gens, il y a trop de chats dans mon salon, dans mon lit. Je veux savoir quelle est votre lubie, pour vous raconter la mienne.

vendredi 9 octobre 2009

Automne

L’automne est en train d’pogner. Y pleut tout l’temps, c’est gris, fait frette. Tu voé ben que l’soleil se câlisse ben d’nous autres; ces chouchous sont dans l’sud, c’est clair. J’su de plus en plus gris, y fait de plus en plus nuite. J’fais pas exception, j’su jus’un chat après toute. Moé qu’y’était si lumineux, si beau, si baveux au mois d’mai, me v’là rendu gris, sale, pis plein de motons dans l’pouèle. J’passe pas mal plus de temps dans ma shed, j’su fatiké, j’ai pas d’jus. La chatte d’Espagne à crissé son camp en Espagne, la siamoise des Ledoux s’est faite frapper par un truck, la minoune noire est aussi grise que moé asteure, pis la tigresse du Pub m’a quas’ment crevé un œil, faque là, c’est ça qui est ça, me vl’à rendu tout seul à penser à l’hiver qui s’en vient. L’hiver pis l’désert c’est la même câlisse d’affaire : faut jus’que ça passe.

dimanche 2 août 2009

L'appart

C’tait l’premier step su’ ma run. Le soleil ‘tait toujours éclatant su’ son balcon. Quand j’sortais d’ma shed le matin, c’est là qu’j’allais pour commencer ma journée parc’que tout l’temps y’avait d’quoi à bouffer. A mettait t’jours les croquettes en d’ssour du barbecue pour que quand i mouille ça fasse pas d’la bouette; c’est vraiment apprécié c’genre d’attention pour un matou crotté comme moé. Quand j’me bourrais ‘a face, j’la voyais qui m’spotait a’ec ses yeux doux. A ‘vait l’air de s’ennuyer solide pour s’intéresser à un chat d’ruelle comme moé.

Une fois, a m’avait laissé une belle surprise : une canne de thon frais. J’vous dirai pas que j’tais content; j’touchais pu à terre. Pendant que j’léchais le jus dans l’fond du bol, a en a profité pour ouvrir la porte. Quand j’ai eu fini d’m’empifrer et qu’j’me su’ r’virer d’bord, j’su’ tombé face à face a’ec son pied, ou face à pied, ou qu’est-ce vous voulez. J’me su’ écrasé d’peur, j’l’ai r’gardé et j’me su’ vu dans ses beaux yeux bleus. Pis là, sans penser, j’me su’ frotté su’ sa jambe a’ec la queue en l’air. A m'a dit : «Qu’es-ce tu fais p’tit minou?» a’ec sa voix douce. J’me su’ écrasé encore. A est rentré chez elle et a laissé sa porte ouverte. J’su’ resté planté là pendant dix minutes; j’avais envie d’rentrer, mais j’avais peur; ça faisait tellement longtemps que j’tais pas entré dans un appart.

En fin de compte, j’ai pas pu résister. J’ai fais mes griffes et j’su rentré a’ec l’adrénaline dans l’tapis. La porte a claqué en arrière de moé. Là, la fille est rapparue a’ec un bol d’eau frette dans ‘es mains qu’a a mis à côté du poêle. Moé j’bougeais pas, pis j’la r’gardais, pis j’attendais qu’a fasse de quoi. A a commencé à m’parler doucement, pis a s’est approché, pis a a commencé à m’flatter. J’me su’ farmé ‘es yeux, pis j’me su’ laissé faire, pis j’ai ronronné pour la première fois depuis longtemps.

Après ça, a m’a gardé là pendant une coup’ de s’maines. Même si j’pensais pu r’tourner jamais dans un appart, faut j’admet’ que j’tais ben. Y’avait toujours une litière prop’, d’la bouffe et d’l’eau dans ‘es bols et des émissions d’animaux a tv. On dormait collés dans son litte, pis moé je l’endormais en y ronronnant dans ‘es oreilles, a m’flattait, a m’parlait, a m’faisait des bons p’tits plats, a voulait j’rest’a’ec elle. J’avais même perdu l’envie d’aller dehors. Hostie qu’j’tais ben.

Pis, un m’ment donné, d’même, sans avertiss’ment, un jour qui pleuvait, a m’a crissé a porte. A m’a jus’ dit : «tu perds trop d’pouèle». A m’a pogné, a m’a câlissé su’ l’balcon, pis a a claqué ‘a porte. J’su resté là deux jours à essayer d’comprendre c’que j’avais faite, mais j’l’ai jamais su. A m’aimait pu, that’s it

mercredi 24 juin 2009

La minoune noire

V’là pas longtemps, y’a une belle minoune noire bien en chair qu’y’est apparue dans ma ruelle. Ben, dans l’fond, ça fait p’tête un boutte qu’a’est là, mais je l’avais pas r’marquée avant la fin d’semaine qu’on vient d’passer. C’est quand qu’je l’ai entendu miauler qu’ça a attirer mon attention; c’tait pas un miaou de chatte opérée; c’était un miaou de chatte ben en chaleur. J’peux tu t’dire qu’j’ai allumé pas à peu près. J’me su’ dirigé t’suite vers où venait c’t’appel-là; un ronron d’ce genre-là, j’peux pas laisser ça d’même. Ça v’nait d’la cour d’la p’tite fille espagnole qui a emménagé y’a deux-trois s’maines. Ben sûr, y’avait déjà un mâle qui était là : le p’tit jaune tigré. Mais, comme ce p’tit minet a pas d’couilles, y’a crissé le camp drette quand y m’a vu. J’y ai fait un p’tit sourire en coin-de-criss-de-baveux-cont’-lequel-on-peut-rien-parc’-qu’lui-y’en-a-des-gosses. Après ça, c’est l’odeur qui est v’nu; là, j’ai perdu l’contrôle su’ moé. J’ai commencé à checké pour savoir où c’qu’a’était exactement; comme j’connais toutes les cachettes du boutte, ça a pas pris trop d’temps avant que j’la trouve; a’était cachée en-dssour d’la gal’rie du premier. Au début, j’voyais just’ses yeux qui sortaient d’la noirceur; des yeux vraiment perçants et transperçants. J’me su’ avancé, pas trop vite, avec mes plaintes incontôlab’ de mâle qui veut en criss. J’ai vu qu’ça la rendait nerveuse, mais, «trop tard ma belle, j’t’ai vu» que j’me suis dis. Rendu à que’ques pieds, j’me su’ arrêté; j’savais pas si a‘était griffée, fa que j’ai pas pris d’chance. A‘est sortit à moitié, pour s’garder une option su’le côté jardin. Là j’y’ai dit : «T’es un criss de belle minoune toé». A’eu d’l’air d’aimer ça. Moé j’avais juste le goût d’la mord’ dans l’cou; j’me su’ approché encore un peu, pis j’y ai répété la même affaire : «T’es un criss de belle minoune toé». Quand j’suis bandé comme je l’étais, j’ai comme pus d’criss d’imagination; j’deviens obsessif; la mord’ dans le cou était la seule hostie d’pensée qu’j’avais dans ma cervelle qui me servait pu tell’ment à grand-chose. C’est là qu’a me dit :«je r’viens dans une minute». A’est sortie de sa place, a‘a monté l’escalier pis a‘est rentré chez elle. Ben ciboire, moins que deux minutes après, sa maîtresse est v’nue farmer ‘a porte. Ce soir-là, j’ai attendu un gros quinze minutes, mais a‘est jamais r’sortie. Un coup débandé, I’me restait just’a décâlisser.

Là, j’ai ajouté sa place su’ ma run, pis j’arrête à chaque soir, pour pisser en-dssour d’la gal’rie où je l’avais vu, pour être certain qu’y’aura pas un sac-à-puce d’assez cave pour essayer de m’la piquer. Heille, une belle grosse minoune de même, y'en a pas ben ben! Quand je l’entends se plaindre à travers le scring, j’passe toujours m’frotter le bord d’la yeule su’l’barbecue qui est su’l’balcon, mais comme a sort pas, j’peux pas perd’ mon temps là; faut j’bouffe avant toute. Mais, j’la r’pogn’rai ben…

mercredi 17 juin 2009

Gros chien sale

J’flanais su’l’p’tit toit d’garnotte des Lapierre à matin, les yeux à moitié farmés, quand j’ai vu c’t’affaire là arriver: Un hosti d’gros chien dans ‘a cour des Berger. J’suis resté là sans bouger, un gros cinq minutes, avant qu’y’allumes le sans-dessein. Dret quand y m’a vu, y s’est mis à japper. Y’était fâché, lui là. Calvaire qu’c’est fatikant un chien qui jappe. Ça m’tape su’es nerfs, t’as pas idée. J’me suis l’vé su’ mes 4 pattes, ben lent’ment. J’me suis courbé l’dos, j’me suis étiré en shakant un ti peu, j’ai baillé pis j’suis v’nu, pas d’stress, m’installer su’l’top d’la clôture. J’ai caché ma queue en d’ssour, pis j’y’ai ris au museau. Y s'est mis à japper plus fort. «À part de d’ça, tu pue donc ben toé criss!» que j’y’ai envoyé. Pis y puait vraiment là. Y sentait l’chien. Quand y’a entendu ça, ça l’a enragé encore plus; y’a commencé à grogner, pis à m’montrer ses crocs. Là j’y ai dit : « T’as des belles dents mon toutou, mais, t’es un gros chien sale pareil!» avec mon p’tit air sarcastique qui plait tant. J’ai pas besoin d’te dire que les fils s’sont touchés. Toutou y’a commencé à frapper su’a clôture, avec ses pattes de d’vant; Ça a brassé pas mal. J’m’en attendais pas; mes deux pattes arrières ont glissés du côté d’la cour à Fido; mon cœur à fait trois tours. «Nooooooooon!», qu’ça a fait dans ma p’tit’tête. J’ai vraiment eu peur. Heureusement qu’j’ai encore mes griffes. J’ai just’eu l’temps d’les sortir pour m’agripper à ‘a clôture de bois. J’ai donné un coup d’fesses, pis j’suis r’monter d’une shot. Ouf! Y’étais moins une. J’ai pas pris d’chance pis j’suis r’tourné su’ mon toit. Après, Je l’ai r’gardé pis j’y’ai fait ma face de vilain-qui-va-t’en-crisser-une-quand-t’aura-l’dos-tourné-gros-chien-sale; y’a continué à s’faire aller la yeule. «C’est ça : bla, bla, bla» que j’y’ai dit. Finalement, j’tais pas mal tanné de l’entendre gueuler comme un perdu, fa que j’suis aller taquiner la minoune des Ledoux et j’ai dormi dans shed tout l’reste de la journée. Là j’te laisse, parc’que j’ai faim en criss. Mais j’me promets de l’faire chier en masse, dans les prochains jours…

lundi 8 juin 2009

Matou des ruelles et minet d'appartement

T’à l’heure, j’me prom’nais de balcon en balcon; j’faisais ma p’tite affaire tranquille. J’avais ben bouffer fa que j’tais pas stressé. J’arrive à une f’nètre, pis là j’vois tu pas c’te minet d’appartement là qui m’faisait des grimaces. J’m’arrête, je l’er’garde, perplexe, j’me dit : qu’est-ce qui fait là l’clown à m’faire des simagrées? C’est dégriffé, pis opéré, pis ça s’permets de m’narguer. J’en r’venais pas. J’ai voulu l’inviter dehors, mais bon, j’me suis vite dit qu’i sortirait jamais. Pis de tout façon, i s’rait pas de taille pour un vrai matou comme moé. J’ai donc grimpé su’l’rebords de sa f’nêt, pis je l’ai checké dret din yeux. Là y’a commencé à capoter, les baguettes en l’air, i m’faisait des kshhhhhh J’tais vraiment crampé. J’me suis r’viré d’bords, pour y met’ mon trou d’cul vis-à-vis sa face lette de p’tit minet d’race (i s’dit noble) pis là, à cœur joie, j’y ai pisser ça dret dans face. J’suis parti en riant en quète de vrais félins qui n’courent pas les ruelles tant qu’ça…

samedi 9 mai 2009

Traduction: Extraits du journal d'un chat

Jour 983 de ma captivité

Mes ravisseurs persistent à me titiller avec d’étranges petits objets qu’ils font osciller dans un but obscur.

Pendant qu’ils s’empiffrent sans retenue de viande fraîche, les autres détenus et moi sommes nourris de cendres ou de quelconques pépites sèches. Malgré que j’aie clairement démontré mon dédain, je dois tout de même manger quelque chose pour garder mes forces.

La seule chose qui me tient en vie est mon rêve d’évasion. Dans une tentative de les dégoûter, j’ai encore une fois vomi sur le tapis.

Aujourd’hui j’ai décapité une souris et laissé tomber son corps sans tête à leurs pieds. J’avais souhaité, ce faisant, semer la terreur en leurs coeurs en démontrant clairement ce dont j’étais capable. Toutefois, ils ont simplement commenté, sur un ton condescendant, mes aptitudes de «bon petit chasseur». Les bâtards.

Il y avait un genre de rassemblement de leurs complices ce soir. J’ai été placé en isolement pour la durée de l’évènement. Or j’ai pu entendre des bruits et sentir la nourriture. J’ai ouï dire que mon confinement était attribuable à la puissance des «allergies». Je dois apprendre ce que cela signifie et comment m’en servir à mon avantage.

Aujourd’hui j’ai presque réussi une nouvelle tentative d'assassinat sur un de mes bourreaux, en zigzaguant entre ses pieds pendant qu’il marchait. Je devrai essayer de nouveau demain – mais en haut de l’escalier.

Je suis convaincu que les autres prisonniers sont des laquais et des rapporteurs. Le chien a droit à des privilèges spéciaux. Il est fréquemment relâché et semble plus que consentant à revenir. Il est malheureusement attardé.

L’oiseau doit être un informateur. Je l’ai observé communiquer régulièrement avec les gardes. Je suis certain qu’il rapporte mes moindres mouvements. Mes ravisseurs lui ont offert une détention protégée dans une cellule surélevée, il est donc à l’abri. Jusqu’à maintenant…

dimanche 3 mai 2009

MANGER

Y’a c’te place-là su ma run quotidienne où j’m’arrête pour manger
Y’a tout l’temps un bol de bouffe croquante qui traîne sul balcon à côté d’la porte
Moé pas plus fou qu’un autre, j’me gêne pas pis j’vide la gamelle d’une traite
Après ça ch’frotte ma joue sul bord du cadrage pis ch’continue mon ch’min

Une fois ch’tais caché en-dssour du char pis j’attendais qu’la porte sua gallerie
Se ferme pour que ch’puisse enfin aller manger. Ch’faisais ça à chaque fois.
Mais là y’avait trois jours que ch’tais pas sorti d’la shed pour pas m’mouiller.
Faqu’j’avais faim en criss. Pis là j’me suis enfin décidé et je m’suis avancé.

J’entendais du bruit en d’dans, mais ça m’a pas empêché d’aller jusqu’au bol.
J’me suis littérallement garoché d’dans en ronronnant de peur, j’me suis bourré la face quoi. Aussitôt fini, j’me lève la tête, pis j'gèle dret là. Y’a c’te fille-là qui m’observe. De sa p’tite voix mielleuse, a l’a d’l’air de m’poser une question que ch’comprends pas l’sens. J’pense qu’a veut m’kidnapper faque j’me pousse à toutes pattes…