vendredi 24 mai 2013

AILLEURS


À l’envers du décor, à l’engauche de mes gestes, ton image, ta voie, me perdent
Des fleurs partout, partout, incolores, invisibles encore hier, et le parfum interdit
Les mots tus, la bouche cousue, sont le jeu de société, ma satiété, mon sauf-conduit
Des étoiles ignorées, la mission solitaire, vers ailleurs, vers ces autres là-bas
Volonté étoffée étouffée, cédant à d’autres voix que je n’entends pas 

La raison, le vent soufflant, érodant mes intentions, sculptant ma rémission
La floraison ignorée, à tord ou à raison, sur le champ de bataille de mes soupçons
Trop d’interrogation, trop peu d’exclamation, un paragraphe, des pointillés…
Têtue, t’es-tu tue par erreur ou par pudeur? T’es-tu terrer par peur ou pour l’honneur?
Fou, flou, filou, filant n’importe où, n’importe comment. Qu’y a-t-il à l’envers du décor?

jeudi 23 mai 2013

Mission sur Grosse-Pompe


Colonel Julie Pas-d’pet, je n’irai pas par cinq chemins. Si je vous ai convoquée ici, ce matin, ce n’est pas pour prendre le thé en écoutant deux filles le matin, non. Si je vous ai demandé, c’est pour vous confier une mission de la plus haute importance. Comme vous le savez sans doute, la bière commence à manquer, ici, sur terre. Les conséquences sont désastreuses et cela devient une menace pour notre insécurité internationale. Vous seule pouvez nous sauvez. Votre mission, en gras, si vous l’acceptez, sera d’aller sur Grosse-Pompe, pour reconnecter les fûts de bière au téléporteur de bière. Bière, bière, bière. Si nous vous avons choisie, la raison en est fort simple : Les tests en laboratoire ont prouvé hors de tous doutes, ce que tout le monde soupçonnait déjà; vous êtes la seule personne au monde qui ne pète pas. Les scientifiques sont parvenus à créer un laxatif si puissant qu’il vous fera péter. Comme vous n’avez jamais péter de votre vie, notre équipe scientifique prévoit que vous flatulerez des fleurs de toutes les couleurs, ce qui aura pour effet de dissiper l’odeur de marde qui règne sur Grosse-Pompe et vous permettra de vous retrouver dans l’atmosphère, qui serait toxique sinon. Vous devrez aussi récupérer le lieutenant-colonel Casanoviev Jalouski et le sergent Tartine Prends-ton-Trou  dont le véhicule spatial est resté stollé par manque de gaz dans la tank. Vous êtes intelligente, infatigable et loyale, vous êtes la plus qualifiée pour cette mission. Vos coéquipiers pour ce voyage seront le major Aphrodite Asperge et le capitaine Valentin Cholestérol. Vous trouverez les détails de la mission au-dessus du dash, collé au windshield  de votre astro-croiseur. Bonne chance. 

C’est ainsi que nos trois compagnons se retrouvèrent en orbite autour de la planète brune, après 6 minutes d’un voyage inter-minable.
Pas-d’Pet, qui était en parfait contrôle de la situation, venait d’avaler la première capsule laxative qu’on lui avait donnée. Elle se préparait à s’installer sur le péteux intergalactique, prête à fiouser, comme l’indiquait le manuel.
La conversation radio entre le psychologue de la mission, le major Asperge, et notre colonel ballonnée s’ensuivit :
-         Ok, Pas-d’Pet, prête pour la routine?
-         Prête.
-         Ok, vérification.
-         Parée.
-         Baissez vos nouveaux pantalons à motifs.
-         Nouveaux pantalons à motifs baissés.
-         Baissez vos bobettes.
-         Bobettes baissées.
-         Installez votre cul sur le péteux intergalactique.
-         Cul installé. Pas-d’pet sentait le ventre lui gargouiller et était ébahie de la sensation qu’on lui avait expliqué dans le manuel, et qu’elle ressentait.
-         Ok, maintenant, prenez la deuxième capsule.
-         Deuxième capsule avalée.
-         Tiguidou, on y va pour le décompte : 8… 7… 6… 5… 4… 3… 2… 1… Fiouse.
Tout se mit à trembler, et la lumière baissa dans la cabine, et on entendit un immense PROOOOOOOOOUT, et ont vit à travers les hublots une pluie de fleur, une tempête s’abattre vers la surface de Gross-Pompe. Pas-d’Pet n’en croyait pas son cul, ça avait marché, elle l’avait fait. Toute la marde de Grosse-Pompe se dissipât comme prévu. L’équipage se mit applaudir dans la cabine et le capitaine Cholestérol, spécialiste de mission, s’exclama : «Non mais quel cul elle a cette fille». Et tous, se mirent à rire. 

C’est ainsi que put s’amorcer la descente en spirale de l’appareil, prêt au grosse-pompissage. Lors de l’approche, le major Asperge et le capitaine eurent cette discussion :
-         Vous voyez capitaine, si vous ne pétiez pas à tord et à travers, ce que vous auriez pu accomplir.
-         Pourquoi me dites-vous cela? Vous ne m’avez jamais entendu péter à ce que je sache.
-         Au contraire, vous ne faisiez que ça sur Molson.
-         Ce n’est pas vrai, ce n’est pas moi.
-         Si c’est vrai.
-         Non, ce n’est pas vrai.
-         Si.
-         Non.
-         Si.
-         Non.
Et s’ensuivit une suite ininterrompue de si et de non qui dura jusqu’au retour de Pas-d’pet, le visage blême, dans le poste de pilotage.
-         Mais, qu’est-ce que vous faites, nom de Dieu? Avec vos niaiseries, nous avons dévié de notre itinéraire.
Et elle prit les commandes et pu, juste à temps, posé le mastodonte sur un îlot de fleurs fraîchement pétés, tout près des valves des pompes. Tous poussèrent un soupir de soulagement. Pas-d’Pet était fière de son coup, elle était toujours à son affaire, c’est pour ça qu’on l’avait engagée comme astronaute au début.  

Après les vérifications d’usage, Asperge, Cholestérol et Pas-d’Pet sortirent du vaisseau et mirent le pied sur Grosse-Pompe. L’atmosphère étant fleuri, ils purent le faire sans combinaison. Le colonel Pas-d’Pet, ayant analysé la carte de la planète, déclara : Les valves ne sont qu’à trois kilomètres vers le couchant. Si nous partons immédiatement, nous serons revenus pour le souper. Cholestérol se lécha les babines et ajouta :
-         Hum, j’espère qu’il y aura plein de baloné et de tartes au sucre.
-         Non, pour vous, ce sera des cœurs de palmier et du végé-paté, rectifia le Docteur Casse-fun, par radio, de son poste dans le croiseur.
Cholestérol fie la dur (il n’aimait pas la mou), pendant que les deux femmes le taquinait en le traitant de gros jambon et ils partirent, le capitaine Valentin Cholestérol en avant, en éclaireur, vers la destination définie. 

À mi-chemin, Cholestérol trouva des traces de pas (le contraire de pas de traces) qui allaient vers une caverne. Il se dit, que c’était sans doute l’indication de la présence des astronautes à ramener. Se dirigeant vers l’abri de roche, il vit au loin une silhouette qu’il jugea humaine. Il balaya les fréquences radio pour essayer de communiquer, mais cela devint inutile puisque la présence semblait se diriger vers lui en lui faisant des signes du pied et non de la main. Il sortit le macro-viseur de son sac et examina l’être qui se rapprochait; il reconnu le sergent Tartine Prends-ton-Trou; oui c’était bien elle. Lorsqu’ils arrivèrent au même point, au même moment, une flèche vint se planter devant leurs pieds.
- Kecéça câlisse? Demanda Cholestérol, surpris et décontenancé.
- C’est Jalouski, c’est mon homme, il m’aime, il veut me protéger.
- Voyons, il n’y a personne ici, pas même un chat, ni un chien, ni une tortue, ni une hyène, ni une mouffette, ni un tamanoir, ni un crotale à lunette, ni un ornythorinque, ni une pipistrelle à tête dorée, etc, etc…
Au même moment, Cholestérol entendit le son d’une flèche qui déchirait l’air, près de son oreille. Il se mit à terre, en protégeant sa tête. Une voix parvint à son casque d’écoute :
-         Arrête de cruiser ma blonde Cholestérol. Tartine, retourne dans la caverne immédiatement. Elle s’exécuta.
-         Je t’ai vu l’embrasser, Valentin, t’es un coquin.
-         Voyons, christ de sans-dessein, je ne l’ai même pas touché.
Fioush! Une autre flèche. Cholestérol décampa aussitôt. Nous verrons cela plus tard, pensa-t-il et il continua son chemin, sans se retourner. 

Arrivé sur le site des valves, il attendit peu avant l’arrivée de ses équipières qui l’avait suivi d’une distance respectable. Il leur expliqua rapidement son aventure avec les astronautes perdus et se tournant vers Asperge :
-         Vous avez les outils? Siphon?
-         Check.
-         Drano?
-         Check.
-         Papier-cul?
-         Check.
-         Carte de Bingo?
-         Check.
-         Trempette aux oignons?
-         Check.
-         Vingt-cinq cennes du Cacanada 1907 édition D avec le toupette dans la face de la Reine peigné à l’envers?
-         Check.
-         Ok, allons-y
Et ils se mirent en mode mission pour cette partie qui était la leur, laissant Pas-d’Pet derrière eux. 

Nos deux comparses avançaient entre les fûts pendant que Cholestérol bombardait de niaiseries Asperge, qui riait aux éclats. Il voulait détendre l’atmosfrette. Tout à coup, entre deux jokes de newfie, il entendit Asperge qui lui disait :
-         Oups, j’pense que je suis dans la marde. Effectivement, elle l’était.
-         Ne bouge pas, je vais t’aider.
-         Non, non, tu ne peux rien pour moi.
-         Mais oui. Je ne peux tout de même pas te laisser là.
-         Tu ne peux rien faire. Je t’entrainerais avec moi. Continue la mission, je trouverai un moyen d’en sortir. Elle lui lança la sacoche d’outils.
Cholestérol, à contre cœur, la laissa là, à se débattre, seule, et alla remplir la mission, se disant qu’il devait sûrement avoir l’air fif avec une sacoche. 

Pendant ce temps, Pas-d’Pet, qui était toujours à son poste, reçu la visite de Jalouski. Il arrivât, la chemise détachée, d’où on pouvait voir plein de pouèle dépasser. Il avait aussi un peu de morve sur le bord de la narine. Ark, se dit Julie, trop dégeu. Il ne perdit pas une seconde et sans détour, ni subtilité, il lui déballa :
-         Pas-d’Pet, je vous trouve belle.
Elle, dégoûtée, ironiquement, lui lança :
-         Oui, oui, c’est ça,
-         Non je vous jure, je ferais n’importe quoi pour vous.
-         Y compris balancer Prends-ton-Trou?
-         Il n’y a pas de Prends-ton-Trou, elle n’est plus là, voyons
-         Me semble. Et elle est où?
-         Ailleurs, je ne sais pas. Nous nous sommes séparés. Je suis célibataire, je vous jure. Je vous offre cette planète, dit-il.
-         Elle est pleine de marde votre planète. Il y en a sûrement un peu qui coule dans vos veines, lieutenant-colonel, vous sentez franchement la marde (elle était toujours franche).
-         Vous me peiner, moi qui n’aie que de nobles intentions.

Sur cet entre-fait, ayant retrouvé Asperge qui s’était sortie de sa flaque, à force de se débattre, Cholestérol, qui avait remplie la mission, et celle-ci, arrivèrent de nouveau à l’entrée des valves, en gambadant gaiement et en chantant la danse des canards. Lorsque Jalouski les vit s’approcher, il prit la poudre pour-les-pieds-qui-pusent (Les réserves mondiales de poudre d’escampette avaient été complètement épuisées depuis passable Jennifer (Belle Lurette était sur d’autres contrat ailleurs (ce qui était ici pour elle))), ayant compris que Pas-d’Pet savait tout dès le départ. Les trois bout-en-navette (les trains n’étais plus à la mode (ok, je ne recommencerai pas)) se firent un high-five à trois (ce qui était aussi appelé un high-thirty (par les anglais (d’Angleterre))) et revinrent à l’astronef. Six minutes plus tard, nos héros furent acclamés en sauveurs par les buveurs de la terre, où la bière parvenait de nouveau. 

Colonel Julie Pas-d’Pet, En mon nom et au nom du président des Nations-Unis de la Terre, ainsi que de toute les autres racailles, je tiens à vous remercier pour l’énorme service rendu à votre peuple. Je savais que vous mèneriez à bien cette mission. Cependant, j’ai une question : pourquoi ne pas avoir ramené le lieutenant-colonel Casanoviev Jalouski et le sergent Tartine Prends-ton-Trou? Pas-d’Pet, prit un air solennel et dit simplement :
-         Ils étaient bien dans leur marde, Monsieur, et ils désiraient y rester.
-         Je me doutais bien que ce puant poserait problème. Vous avez changé le code?
-         Oui. Il est si con qu’il ne le trouvera jamais, dit-elle, en laissant filer un silencieux.
Lorsque l’odeur se rendit à leurs narines, ils rirent d’un éclat si franc, qu’il résonne encore de nos jours.
 

QUE SONT-ILS DEVENUS…

Le lieutenant-colonel Casanoviev Jalouski est toujours bien dans sa marde où il baigne chaque matin avant sa journée, sur Grosse-Pompe où il combat toujours les moulins à vent.

Le sergent Tartine Prends-ton-Trou fait le lavage, le ménage et la cuisine pour Monsieur. Elle n’est jamais plus sortie de son trou et est plus tarte que jamais, mais elle est bien, elle aussi dans son caca (je suis épuisé d’écrire le mot marde).

Le major Aphrodite Asperge a pris sa retraite de l’armée de l’air et elle est maintenant animatrice de pastorale chez Wal-Mart. Elle déclara un jour : «Je ne serai plus jamais dans la marde».

Le Capitaine Valentin Cholestérol, lui, vient d’écrire cette histoire pour vous et vous assure qu’il n’utilisera plus jamais le mot marde dans ces prochains écrits.

Quant au Colonel Julie Pas-d’Pet, elle est devenue Amirale de la flotte internationale et elle rocke en sale.

mercredi 22 mai 2013

MOMO AU BAR


J’entre au bar. J’y vois Momo assis, seul à une table, décâlissé, comme d’habitude. Je me dis : M’as aller y tirer ‘a pipe, un peu. Je m’approche, je me tire une chaise et je lui demande, en lui donnant une bonne tape dans le dos:
-         Heille Momo! Comment ça va?
-         Ça va, ça va, qu’il répond, la tête penchée, le filet de bave au menton.
-         J’pense que t’es saoul mon homme.
-         Mmm… ouan, ça s’peut.
Il se lève la tête et il gueule :
-         Heille, ma belle!
-         Crie pas d’même Momo, criss
-         Heeeeeeeeeeille, ma beeeeelle, qu’il crie encore plus fort
Je la vois regarder au ciel, impatiente. Je regarde Momo dans les yeux, indulgent :
-         C’est parce qu’elle a un nom, tsé. Elle s’appelle Zoé.
-         Ouan, mais è’est beeeeeeelle. È’s aiment toutes ça se faire dire qu’e’ sont beeeeeelles. Tu conna rien toé l’jeune.
-         Un peu d’subtilité, ça t’tentes pas? C’est vrai qu’è’ belle, mais premièrement, c’est pas TA belle et deuxièmement si tu y gueule après, ton compliment c’est d’la marde.
-         Ben wèyons donc, check ben ça l’jeune
Zoé arrive à la table, souriante malgré tout. Elle se place devant moi et me demande gentiment :
-         Qu’est-ce que je te sers mon cher?
-         Coup de Grisou, s’il-te-plait, Zoé. Que le lui commande en clignant de l’œil
-         Et toi Momo? Qu’elle lui demande, elle aussi indulgente, complice de mon clin d’œil.
-         C’est tes calins que j’veux, que lui vomi Momo.
-         Une autre fois, ok, Momo? Tu veux une bière?
-         Non, c’est toé que j’veux.
Et il l’empoigne à la taille en se collant sa grosse face pas rasée sur le ventre de la jeune femme.
-         Chu prête à te payer pour un gros-gros calin. J’ai d’l’argent hosti. C’est facile pour toé.
La barmaid mal à l’aise tente de se défaire de l’emprise du gros porc, mais il la tient serré le bougre. Je décide d’intervenir, je serre le bras de Momo :
-         Bon là, ça va faire, que je lui dis, commençant à être découragé.
Il ne lâche pas sa proie. Je dis à Zoé que je m’en occupe, je me lève et traîne Momo jusque dehors où il gueule comme un fou :
-         Sti d’charrue d’snob, de vache!
J’hoche la tête en signe d'impatience et j’essaie de lui expliquer, à lui, mon ainé d’au moins 20 ans, le sens du mot savoir-vivre, mais je me rends vite compte qu’il ne veut rien savoir. Comme il habite de l’autre côté de la rue, je l’escorte de force jusque chez-lui. J’ouvre sa porte, je le reconduis jusqu’à son lit et je lui botte le cul pour qu’il tombe en pleine face dans son plumard. Trente secondes après, il ronflait. Je suis retourné au bar et j’ai calé ma pinte avec ma belle Zoé.

 
Le lendemain, Momo était encore au bar et il commandait sa bière en hélant la serveuse Ma belle…Sti d’Momo!

mardi 21 mai 2013

PARÉO ROUGE

…J’arrive à ton appart, il est neuf heures, j’entre, sans sonner, comme de coutume. Le chien ne jappe pas, rien ne bouge, qu’un son de plonge venant de plus loin et une toune, langoureuse, de Lila Downs. Je referme la porte derrière moi, je n’allume rien, qu’une cigarette, je range mon vélo dans le coin et je me dirige vers le fond, vers la cuisine, de mon pas lourd. Tu es de dos, devant le lavabo, à  laver la vaisselle. Tu ne portes qu’un paréo, rouge passion, qui te couvre du haut des seins au haut des cuisses. De ta voix musicale, tu me dis allo. Je ne dis rien, je suis occupé à te regarder, te mater, à te yeux-de-perversiser. Je m’approche de toi, tu tournes la tête doucement, en continuant de regarder ce que tu faisais et tu me tends tes lèvres, affamées. Je penche ma tête vers toi, toute petite, et nous échangeons un tendre baiser. Je m’assois à la table, je pose ma cigarette dans le cendrier, je dévelcrote mes sandales pendant que tu me chante : ça va? Je reste muet pendant que je pense « j’veux t’prendre, j’veux t’embrasser, j’veux t’fourrer, dret là, su’ ton comptoir». Tu me reposes ta question, sans te retourner, ça chatouille mon marteau, mon enclume, jusque dans ma peau, je m’approche de toi, je mets ma main sur ton ventre et je soulève ta crinière pour dévoiler ta nuque chaude qui me fait croire aux vampires. J’y pose mes lèvres et t’embrasse tendrement et je m’embrase lentement. De ma main, sur ton ventre, je cherche le chemin de l’ouverture, de l’exotique bande de tissu. Je la trouve, et j’ouvre ma grande main pour tout prendre, ta volupté. Je colle le bas de mon ventre sur tes fesses, tu laisses tomber ta mopette, ton assiette et tu fermes les yeux. Laissant ma bouche chatouiller ton oreille, tu laisses ma main descendre vers l’arrière de ta cuisse, que je serre comme un boulanger pétrissant son premier pain. Je t’écrase contre le comptoir, et laisse ma main remonter sur ta fesse dodue, tu lèves les talons, pour me montrer que tu approuves le projet. Je recule d’un pas, je te fais pivoter, te soulève et pose tes fesses sur le zinc, à la bonne hauteur. J’empoigne les deux lisières de ton vas-y-c’est-facile et découvre ton corps nu et frissonnant. Je te regarde et je te dis : «Sti qu’t’es belle. Wère si Dieu existe pas. J’en ai la preuve, j’ai la foi, je me convertie». J’enfouie ma tête dans ton bedon, je suis chez-moi. Je veux te posséder, maintenant. Mes yeux bifurquent vers ton paradis, vers ta promesse et je promets aussi…

LE SORCIER DE LA LUMIÈRE


Dans une galaxie anonyme d’un univers lointain, dans un système planétaire quelconque, sur une planète grise, informe, dont l’orbite autour de son étoile était irrégulière, un sorcier de la lumière tentait ces expériences. Cet homme n’avait qu’une fonction au sein de sa société. Il faisait fi de tout le reste. Le seul et unique but de son existence était de combattre l'obscurité, en faisant apparaître la lumière. Il s’y concentrait chaque jour, cherchant de nouvelles façons de tenir en ses mains le fluide qu’il croyait immatériel. 

Notre alchimiste photonique, un jour, par hasard, alors qu’il sortait de sa grotte, mit le pied sur une pierre en apparence grise et mate. D’ailleurs, sur sa planète, tout avait apparence de gris, leur soleil étant si éloigné que seul les rayons diffus de l’astre leurs parvenaient. Cette pierre lui piqua un peu la plante du pied, ce qui lui fit la regarder. Il s’étonna alors d’y voir une teinte rosée, couleur qu’il ne connaissait pas, se dessiner sur la surface du minéral. Il se pencha et pris la roche entre ces mains, ce qui eut pour résultat qu'elle commenca à rougir. Surpris, il la lâcha prestement, la tête pleine de questions naissantes. Il se souvint de cette autre fois où il croyait avoir trouvé la pierre incandescente; ce n’avait été qu’hallucination lui avaient diagnostiqué les herbiers. Il se mit à trembler, et faisant le signe de la foi en l’univers, il laissa la pierre et continua à vaquer à ces occupations. 

C’est alors que les phénomènes étranges se mirent à se produire. La pierre se mit à lui parler à distance en lui disant des choses, en l’apparence incohérente, comme : viens danser, ou, je suis l’oiseau qui entre dans sa cage. Notre homme, décontenancé, se mit à répondre à la pierre. Il ne comprenait pas pourquoi la pierre entrait en contact avec lui, mais, volontier, il conversait avec elle. 

Quelques jours plus tard, n’ayant que la pierre en tête, il se mit à la chercher. Il voulait comprendre. Il l’a retrouva facilement à quelques pas de sa porte. Il la prit de nouveau entre ces mains et la garda plus longtemps cette fois. Le même phénomène se reproduisit. Mais, du rouge, la roche prit une teinte jaune et chaude, puis devint blanche et brûlante. Il se brula la main comme ça. Il s’apperçut aussi que l’atmosphère s’illuminait au même moment. Il put même distinguer quelques couleurs ça et là. Mais, la pierre devenant intenable, il la lâcha, mais les couleurs, ailleurs, semblaient demeurer. Il en était stupéfait. 

Quel était donc cette pierre? D’où venait-elle?, Quel quantité de lumière pouvait-elle bien contenir? Comment la prendre? Il rentra chez lui et en ressortit aussitôt muni de pinces à longs manches et il prit la pierre. Il l’emmena dans sa caverne, pour l’étudier, et essayer de comprendre son fonctionnement. Il la déposa sur son lit et la scruta longuement, sous tous les angles. Il la toucha, encore, délicatement, pour qu’elle émette de la lumière, et cela fonctionna. Toute sa tanière s’illumina. Étonné, il lâcha le morceau et celui-ci, instantanément, se transforma en oiseau luminescent et il s’envola hors de l’enceinte. De surprises en surprises, notre sorcier devenait perplexe. Il ne put que regarder le volatile s’en aller au loin, sachant qu’il ne pouvait rien faire. 

Pendant les jours qui suivirent, l’oiseau vint souvent, par l’arrière, rendre visite à notre savant. Il apportait son lot de lumière et le remportait avec lui, chaque fois qu’il s’en retournait on ne sait où. Le sorcier observait les allées et venues de l’être volant et s’en contentait. Un peu de lumière et de fantaisie, par ci, par là, lui redonnait espoir qu’un jour tout s’illuminerait pour de bon. L’oiseau venait, lui parlait, le touchait du bout de son bec. 

Mais, un beau jour, l’oiseau cessa de lui parler et l’inquiétude gagna notre homme. L’oiseau ne revint plus pendant plusieurs jours et lorsqu’enfin il se repointa, il n’illuminait presque plus et se tint à une distance incompréhensible. Notre chercheur de lumière devint pâle et agitée. Il ne comprenait pas ce phénomène. Il ne comprenait rien à rien depuis le début en fait. Il tenta de parler à l’oiseau, mais celui-ci ne répondait plus. 

Puis, un bon matin, sans avertissement, la bête ailée, volant près de lui, se retransforma en pierre. Un craquement se fit entendre, et du colibri qu’il était, un pierre tombante pris la place et tomba au sol. Le sorcier alla prendre la pierre et plus il la tenait, plus celle-ci virait au gris. Il se mit à parler à la pierre, mais celle-ci ne lui répondait plus. Il l’a garda dans la paume de sa main, près de son cœur quelques jours, mais celle-ci ne finit jamais de refroidir et de durcir. 

Quelques temps plus tard, dans l’obscurité renouvellée, retourné à ses recherches antérieures, il prit la pierre et il alla la jeter du haut du ravin, pour l’oublier.

lundi 20 mai 2013

PATRIOTE


Notre vraie richesse à nous, québecois, c’est l’eau. Il y a la forêt aussi bien sûr, il y a notre langue, notre culture, mais l’eau est notre plus grande richesse. D’autres ont le pétrole, mais moi, personnellement, je trouve ça indigeste. Depuis que je suis né, j’ai bu le St-Laurent, le Saguenay, la Chaudière aussi. Cette eau coule dans mes veines, cette eau me lave, me tient en vie. Pourquoi devrais-je laisser ces autres me rentrer de force dans la gorge leur criss d’oil-spilled-water? Je n’en veux pas, ma mère n'en veut pas, mon voisin de l’autre bord de la rue n'en veut pas. Tremblay, Côté, Nguyen, Lesperance n'en veulent pas non plus. 

Avec l’eau, on fait de l’énergie. Avec du fucking gaz aussi. Voilà où s’arrête le jugement de nos dirigeants. Pas parce qu’ils ne peuvent pas aller plus loin, mais bien parce qu’ils ne  veulent pas que nous, nous allions plus loin parcqu'avec du fucking gaz on fait de l’argent aussi. Qui est le on dans cette phrase? Certainement, ni moi, ni Tremblay. Pas besoin de cet argent sale anyway. On a de l’argent propre pour tous et à l’infini, si on le décide. 

Notre eau commence à être fatiguée. Elle est de plus en plus algue-bleutée, dépoissonnée, souillée. Faut pas se laisser faire les amis. Ça fait déjà trop longtemps que ça traîne tout ça. Moi, c’est dans l’eau limpide du courant d’une rivière que j’ai envie de me baigner et de me dire que c’est le paradis icitte. Je ne veux pas qu’on scrappe nos cours d’eau, notre territoire avec ce liquide nauséabond et visqueux dont on peut se passer, dont toutes les créatures peuvent se passer. Tout cela pour enrichir quelques rois des sables bitumineux qui pensent qu’on est encore au temps des cowboys. Écoutons les indiens à la place; ça fait des années qu’ils gueulent et qu’ils ne sont pas entendu; prêtons leur notre voix. Donnons leur le titre de patriote, ils en sont déjà. Rappelons à ceux qui se sont joint à nous c’est quoi notre richesse, c’est quoi la vraie richesse. Donnons leur un verre d’eau fraîche, avant tout. Ils comprendront. 

Prenons soin de cette eau, comme elle a toujours prit soin de nous. Chérissons-là, vénérons-là, protégeons-là, nationalisons-là même, qu’elle devienne notre seule reine, notre seule dirigeante, notre seule directrice de conscience, notre projet de société, notre inspiration.


Mon glaive bien haut levé, mon cœur saignant
Je serai ton chevalier, O toi, Mère de la mer
Entre toi et ton ennemi, je me dresserai sous ton étendard
Je recevrai les coups, j’en recevrai encore, mais jamais tu ne devras cesser de couler
Limpide, puissante et salvatrice

dimanche 19 mai 2013

M. Trash à l'Aubainerie


Ce matin, j’suis sortie d’chez-nous, à reculons, pour aller faire ce que j’suis supposé faire depuis un bon boutte. J’suis sortie pour aller m’acheter du linge, des hosties d’guenilles. J’ai pas vraiment le choix, sinon, quoi? J’passe l’été en jeans? 

J’suis sortie d’chez-nous sur l’avenue des Écureuils Fous. J’suis descendu jusqu’à Rosemont pour voir la 197 me passer drette dans ‘a face, câlisse. Fuck off, je revire de bord, à été mon premier réflexe. Ben non, j’vais marcher jusqu’à Pape-Pineau. J’check sur l’horaire, elle passe dans 5 minutes. Je m’allume une cloppe, pis je texte des niaiseries à Paquet-d’Nerfs. Elle me dit d’arrêter de chiâler. J’lui dis qu’j’chiale pas wèyons, chu pas d’même, moi le grand jovialiste. 

L’étaubus arrive, je m’y ensardine, pis pas longtemps après je descends, à Mont-Royal. Avant d’rentrer dans l’magasin, j’prends un grand respire.  Pis je m’y engouffre, Ça va ben aller, j’suis capable, go, go, go! 

J’m’en vais direct dans la section des hommes, j’sais c’est où. J’arrive dans la section des bas; pas besoin. Les boxers; pas besoin. Les t-shirts; vite criss. J’fouille, j’fouille; gris, bleu foncé, noir, brun… L’efféminé pauvre, de service, d’la place, me regarde et me demande :
-         j’peux tu vous aider?
-         Oui, que j’réponds, tu peux sûrement nous aider. T’as-tu d’autres gaminets (sti) ailleurs? Y’a trop d’couleurs icitte. Non, mais quelle panoplie.
-         Non, toute est là, qu’il me répond, l’air de penser que je lui fais perdre son temps.
-         Ah ben coudonc, j’vais être foncé encore c’t’année.
Finalement j’me dis : «j’vais y aller varié : un gris, un noir pis un bleu foncé» Première mission réussie. 

J’m’en vais dans les autres rangées, j’ai besoin de shorts et de jeans. Non... Non... Ark…. Je capote. Wère si j’va porter ça sti. J’ai tu d’l’air d’un hawaïen sacrament?». Y’a pas quelque chose de plus ordinaire, je m’habille pas pour flasher; j’flashe déjà assez d’même avec mes 6 pieds 6. Finalement, j’arrive dans l’rayon des loosers des guenilles qui ont pas trop évolué depuis l’année passée, ni depuis la précédente d’ailleurs. J’prends une paire de 34 de ceux-ci, pis un paire de 32 de ceux-là. 

J’arrive à l’essayage, je fous ça sur le comptoir de la grande girafe qui sourit tellement trop à force qu’elle est contente de servir des BS comme moi. 2 morceaux; elle me donne mon ticket, la 5, j’y vais et je fais ce que j’ai à faire. Je reviens au comptoir, rhabillé avec mes vieilles fringues. Je lui d’mande :
-         Veux-tu ben m’dire, câlisse, pourquoi les hosties d’fabriquants d’linge utilisent pas la même unité d’mesure? Les 34, j’flotte dedans, pis les 32 m’pètent su’l’dos, on dirait chu né d’dans
-         C’est toujours comme ça, qu’elle me dit avec son sourire à 76 dents.
Si quelque chose a toujours été d’la marde, ça doit tu nécessairement rester d’même… 

Je retourne dans les allées et j’en prends 6 paires de chaque; je ne me ferai pas avoir deux fois. J’attrape aussi deux paires de jeans, au hasard. S’ils ne font pas, j’extrapolerai pour le bon ‘’size’’, là j’pu capab’. Arrivé à l’essayage, prise 2, elle trouve ça drôle la grande perche, et elle me donne mon coupon qu’elle a écrit à la main, parce qu’elle a pas de chiffres qui vont jusqu’à 14. 

Elle me dit: Bon essayage. Wèyons câlisse, qu’est-c’est ça? Y’a tu que’qu’un qui va m’faire une pipe dans ‘a cabine? Ou y’a tu un panini qui m’attends? Pis, lâchez-moé avec vos hosties d’panini. En tout cas, j’essaye, j’essaye, et dans le tas, il y a ce qui fite, pis qui va faire la job. J’vais pouvoir enfin crisser mon camp. 

Je retourne au comptoir. Elle me demande :
-         Alors, c’est à votre goût? Avec son sourire à 92 dents
-         Oui, oui, enfin, que je réponds, pressé de décâlisser.
-         Fantastique
-         Merveilleux que je lui dis avec ma face de beu et je regarde au ciel. 

Finalement, chargé comme un mulet, je me dirige vers les caisses. J’y arrive et me rends compte que les huit caisses ont des pancartes écrites caisses suivantes. Je regarde la fille, démuni, et je lui demande : «Qu’est-ce j’fais?» Elle m’envoie au français qui ne m’adresse aucunement la parole sauf pour me donner le montant total de la facture. «Heille, lui je l’aime» que je me dis. 

Pis, j’suis sortie. Qu’est-ce tu veux qu’je dise de plus?

SOIR DE SEMAINE


Un lundi soir, d’une semaine tranquille, t’étais accotée au bar

Moi je suis arrivé, je me suis installé, juste de l’autre bord

Même si demain, je me doutais que sur le front, j’aurais une barre

Je m’emmerdais, de chez-nous, je suis traversé de l’autre bord.

 

Ça a été instantané, je me suis tourné vers toi, je t’ai dit une niaiserie

Ma bière est arrivée, tu t’es tourné vers moi, t’as ri de ma niaiserie

T’avais des lunettes, t’étais pas maquillée, t’avais l’air sérieuse

J’étais pompette, mon amie venait de me quitter, toujours anxieuse

 

Je t’ai regardé, je t’ai écouté, je t’ai désiré

J’ai tinké, je me suis égaré, je t’ai encore regardé

Tu t’es laissé regarder

Tu t’es laissé désirer

 

En fin de soirée, au moment de se quitter, j’étais pour m’en retourner, là tu m’as invité

Je me suis demandé, si je serais poqué, si j’étais mieux de refuser, pis de juste m’en aller

Je ne me suis pas écouté, on est partie à pied, comme des écartés.

On est arrivé, on est monté, on s’est embrassé, Je t’ai demandé t’es qui toé. Y’avait plein de possibilités.

 

Mais, il ne s’est rien passé, trop pactés, trop fuckés, je m’en suis retourné.

Le lendemain, comme demandé, je me suis pointé, pompé, allumé, prêt à te t'honorer

Mais toé, tu m’as reviré. Mon numéro je te l’ai donné, même si je sais que tu vas pas me rappeller, pis je suis décâlissé, mes envies parties en fumée.

vendredi 17 mai 2013

INFINITÉ DE ROUTE

Infinité de route, ondée de plaisir, entre deux lunes de plomb
Course à la folie, pour respirer un peu, dans la fleur de la pénombre
À la vérité d’une chandelle, la chair froide, l’histoire d’une heure
Les dunes, les dunes, et le sang de la forêt, dans le tourbillon d’oiseaux bleus

Dans un chapeau quand l’hiver hurle, la marche du soldat, la fierté du néant
Ceux-là qui me prennent, dans la force centrifuge, l’absence et la décence
Lac en plastique dans le fer de mes nuits, pourtant je vole les pieds sous terre
Gravité légère dans l’envers de mes jours, dans la lumière si pleine d’un astre en friche

Paradoxe, mot maudit maugréé, du quark à l’homme, partout je vais, nulle part je vais
Destin vêtu de vertu , après la danse, après le mur, une cascade immobile, irréfléchie
Dans un souffle chaud, pour l’herbe verdoyante, mon instinct, ma foi, mon foie, toutes ces fois
La vie pour l’océan, si jamais, si toujours, une volée improbable, pierre étoilée

ÉTOILE FILANTE

Comme une étoile filante dans une nuit d’été, tiède, t’es arrivé de nulle part.
J’ai eu de la chance, je scrutais justement le ciel, je cherchais la lune, dans ce coin-là.
T’es entré dans l’atmosphère smoguée, je t’ai vu t’embraser, check le pétard.
Ça a fait POW! Pis je t’ai vu rire pendant que je me demandais encore ce qui arrivait.

Comme un crécerelle dans un coin trop sale d’une ville trop chaude, ton cri m’a surpris.
  J’ai pris du temps à comprendre qui tu étais et pourquoi tu étais là, mais ça m’échappe.
Je sais que t’es là quelque part dans le coin, je t’entends passer, mais je ne peux te saisir.
J’ai même entendu le bruissement de tes ailes une fois, ou deux ou trois, je sais plus

Comme un crécerelle dans un coin trop chaud d’une ville trop sale, ton cri a disparu
Tu t’en es retourné ou t’avais de l’affaire, t’étais ici rien qu’en touriste, curieuse
T’avais pas d’affaire ici, Il n’y’a rien pour toi ici, ce sont les champs qui te conviennent
T’aurais pas pu planer en ville, mais t’avais sûrement tes raisons, pour t’y être arrêté

Comme une étoile filante, éphémère comme un souffle, t’es retourné à la nuit
J’ai pas fais de vœu, je crois pas à ça, j’t’ai juste regardé, je t’ai rien que vu passer
Consumée, maintenant à des milliers de kilomètres, dans un lieu imprécis, trop loin
Tu deviens floue, comme un rêve au réveil

FLEUVE TRANQUILLE

Terminé le fleuve tranquille.
Dégelant jusqu’à l’estuaire, dans mon lit encore, je m’éveille, lentement, le fleuve tranquille.
Il fait 28 degrés tous les jours depuis une semaine.
C’est l’été deux mois avant son temps.
Je m’échauffe
Tout ce dernier hiver j’étais gelé, en d’sour comme un our, ronfleux comme un siffleux.
Je ne bougeais pas, je ne respirais pas, je ne faisais surtout pas de bruit, sauf quand le courant poussait trop de glace en certain points de mon étendue, où là, je laissais retentir un «crack» puissant, pour ne pas qu’on m’oublie dans la froideur, un bâillement, à l’envers.
Tout ce dernier hiver, j’ai laissé le temps filer, le temps filer comme sa coutume; midi à la même heure, chaque jour.
Le temps n’attends pas, je ne voulais pas qu’il m’attende. Il n’aurait pu m’attendre.
Je me suis figé, la terre a continué de tourner, dans le même sens, à la même vitesse.
Tout était calme.
Mais là, quoi?
Oui, oui, quoi?
Ou qui, qui donc?
Qu’est-ce que je fais?
Je fonds au soleil, la chaleur m’active, fait bouger mon essence dans mes artères endormies, je gronde, le courant.
D’amont, je suis avalé, aspiré, contre mon gré.
Dès les premiers rayons, une première bouffée de chaleur, j’ai commencé à fondre, oh non!
Mais là, quoi?
Hein, quoi?
Je suis où là?
À Montréal, Tadoussac ou Gaspé.
Je ne peux même pas m’accrocher au bord, je me liquéfie, je me fluidifie.
Mon regard même, ne peux me montrer; je ne voie que le soleil et il m’aveugle.
Le temps ne recule pas, j’ai un pied dans l’été, je dégèle, criss, et je coule, mais je coule où?
Je m’en vais où?
Me semble que si je me laissais couler, comme d’ordinaire, que si je ne résistais pas, et suivait mon cours, ce serait plus naturel.
Je suis sensé connaître le chemin, je sais que je le connais.
Qu’est-ce que j’y peux de toute façon, je ne suis qu’un fleuve.
Je n’ai pas à résister.
Que je coule et que le soleil brille, et qu’on n’en parle plus.