Terminé le fleuve tranquille.
Dégelant jusqu’à l’estuaire, dans mon lit encore, je m’éveille, lentement, le fleuve tranquille.
Il fait 28 degrés tous les jours depuis une semaine.
C’est l’été deux mois avant son temps.
Je m’échauffe
Tout ce dernier hiver j’étais gelé, en d’sour comme un our, ronfleux comme un siffleux.
Je ne bougeais pas, je ne respirais pas, je ne faisais surtout pas de bruit, sauf quand le courant poussait trop de glace en certain points de mon étendue, où là, je laissais retentir un «crack» puissant, pour ne pas qu’on m’oublie dans la froideur, un bâillement, à l’envers.
Tout ce dernier hiver, j’ai laissé le temps filer, le temps filer comme sa coutume; midi à la même heure, chaque jour.
Le temps n’attends pas, je ne voulais pas qu’il m’attende. Il n’aurait pu m’attendre.
Je me suis figé, la terre a continué de tourner, dans le même sens, à la même vitesse.
Tout était calme.
Mais là, quoi?
Oui, oui, quoi?
Ou qui, qui donc?
Qu’est-ce que je fais?
Je fonds au soleil, la chaleur m’active, fait bouger mon essence dans mes artères endormies, je gronde, le courant.
D’amont, je suis avalé, aspiré, contre mon gré.
Dès les premiers rayons, une première bouffée de chaleur, j’ai commencé à fondre, oh non!
Mais là, quoi?
Hein, quoi?
Je suis où là?
À Montréal, Tadoussac ou Gaspé.
Je ne peux même pas m’accrocher au bord, je me liquéfie, je me fluidifie.
Mon regard même, ne peux me montrer; je ne voie que le soleil et il m’aveugle.
Le temps ne recule pas, j’ai un pied dans l’été, je dégèle, criss, et je coule, mais je coule où?
Je m’en vais où?
Me semble que si je me laissais couler, comme d’ordinaire, que si je ne résistais pas, et suivait mon cours, ce serait plus naturel.
Je suis sensé connaître le chemin, je sais que je le connais.
Qu’est-ce que j’y peux de toute façon, je ne suis qu’un fleuve.
Je n’ai pas à résister.
Que je coule et que le soleil brille, et qu’on n’en parle plus.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire