mercredi 22 mai 2013

MOMO AU BAR


J’entre au bar. J’y vois Momo assis, seul à une table, décâlissé, comme d’habitude. Je me dis : M’as aller y tirer ‘a pipe, un peu. Je m’approche, je me tire une chaise et je lui demande, en lui donnant une bonne tape dans le dos:
-         Heille Momo! Comment ça va?
-         Ça va, ça va, qu’il répond, la tête penchée, le filet de bave au menton.
-         J’pense que t’es saoul mon homme.
-         Mmm… ouan, ça s’peut.
Il se lève la tête et il gueule :
-         Heille, ma belle!
-         Crie pas d’même Momo, criss
-         Heeeeeeeeeeille, ma beeeeelle, qu’il crie encore plus fort
Je la vois regarder au ciel, impatiente. Je regarde Momo dans les yeux, indulgent :
-         C’est parce qu’elle a un nom, tsé. Elle s’appelle Zoé.
-         Ouan, mais è’est beeeeeeelle. È’s aiment toutes ça se faire dire qu’e’ sont beeeeeelles. Tu conna rien toé l’jeune.
-         Un peu d’subtilité, ça t’tentes pas? C’est vrai qu’è’ belle, mais premièrement, c’est pas TA belle et deuxièmement si tu y gueule après, ton compliment c’est d’la marde.
-         Ben wèyons donc, check ben ça l’jeune
Zoé arrive à la table, souriante malgré tout. Elle se place devant moi et me demande gentiment :
-         Qu’est-ce que je te sers mon cher?
-         Coup de Grisou, s’il-te-plait, Zoé. Que le lui commande en clignant de l’œil
-         Et toi Momo? Qu’elle lui demande, elle aussi indulgente, complice de mon clin d’œil.
-         C’est tes calins que j’veux, que lui vomi Momo.
-         Une autre fois, ok, Momo? Tu veux une bière?
-         Non, c’est toé que j’veux.
Et il l’empoigne à la taille en se collant sa grosse face pas rasée sur le ventre de la jeune femme.
-         Chu prête à te payer pour un gros-gros calin. J’ai d’l’argent hosti. C’est facile pour toé.
La barmaid mal à l’aise tente de se défaire de l’emprise du gros porc, mais il la tient serré le bougre. Je décide d’intervenir, je serre le bras de Momo :
-         Bon là, ça va faire, que je lui dis, commençant à être découragé.
Il ne lâche pas sa proie. Je dis à Zoé que je m’en occupe, je me lève et traîne Momo jusque dehors où il gueule comme un fou :
-         Sti d’charrue d’snob, de vache!
J’hoche la tête en signe d'impatience et j’essaie de lui expliquer, à lui, mon ainé d’au moins 20 ans, le sens du mot savoir-vivre, mais je me rends vite compte qu’il ne veut rien savoir. Comme il habite de l’autre côté de la rue, je l’escorte de force jusque chez-lui. J’ouvre sa porte, je le reconduis jusqu’à son lit et je lui botte le cul pour qu’il tombe en pleine face dans son plumard. Trente secondes après, il ronflait. Je suis retourné au bar et j’ai calé ma pinte avec ma belle Zoé.

 
Le lendemain, Momo était encore au bar et il commandait sa bière en hélant la serveuse Ma belle…Sti d’Momo!

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