J’entre au bar. J’y vois Momo assis, seul à une table,
décâlissé, comme d’habitude. Je me dis : M’as aller y tirer ‘a pipe, un
peu. Je m’approche, je me tire une chaise et je lui demande, en lui donnant
une bonne tape dans le dos:
-
Heille Momo! Comment ça va?
-
Ça va, ça va, qu’il répond, la tête penchée, le filet
de bave au menton.
-
J’pense que t’es saoul mon homme.
-
Mmm… ouan, ça s’peut.
Il se lève la tête et il gueule :
-
Heille, ma belle!
-
Crie pas d’même Momo, criss
-
Heeeeeeeeeeille, ma beeeeelle, qu’il crie encore plus
fort
Je la vois regarder au ciel, impatiente. Je regarde Momo
dans les yeux, indulgent :
-
C’est parce qu’elle a un nom, tsé. Elle s’appelle Zoé.
-
Ouan, mais è’est beeeeeeelle. È’s aiment toutes ça se
faire dire qu’e’ sont beeeeeelles. Tu conna rien toé l’jeune.
-
Un peu d’subtilité, ça t’tentes pas? C’est vrai qu’è’
belle, mais premièrement, c’est pas TA belle et deuxièmement si tu y gueule
après, ton compliment c’est d’la marde.
-
Ben wèyons donc, check ben ça l’jeune
Zoé arrive à la table, souriante malgré tout. Elle se place
devant moi et me demande gentiment :
-
Qu’est-ce que je te sers mon cher?
-
Coup de Grisou, s’il-te-plait, Zoé. Que le lui commande
en clignant de l’œil
-
Et toi Momo? Qu’elle lui demande, elle aussi
indulgente, complice de mon clin d’œil.
-
C’est tes calins que j’veux, que lui vomi Momo.
-
Une autre fois, ok, Momo? Tu veux une bière?
-
Non, c’est toé que j’veux.
Et il l’empoigne à la taille en
se collant sa grosse face pas rasée sur le ventre de la jeune femme.
-
Chu prête à te payer pour un gros-gros calin. J’ai
d’l’argent hosti. C’est facile pour toé.
La barmaid mal à l’aise tente de
se défaire de l’emprise du gros porc, mais il la tient serré le bougre. Je
décide d’intervenir, je serre le bras de Momo :
-
Bon là, ça va faire, que je lui dis, commençant à être
découragé.
Il ne lâche pas sa proie. Je dis
à Zoé que je m’en occupe, je me lève et traîne Momo jusque dehors où il gueule
comme un fou :
-
Sti d’charrue d’snob, de vache!
J’hoche la tête en signe d'impatience et j’essaie de lui expliquer, à lui, mon ainé d’au moins 20 ans, le
sens du mot savoir-vivre, mais je me rends vite compte qu’il ne veut rien
savoir. Comme il habite de l’autre côté de la rue, je l’escorte de force jusque
chez-lui. J’ouvre sa porte, je le reconduis jusqu’à son lit et je lui botte le
cul pour qu’il tombe en pleine face dans son plumard. Trente secondes après, il
ronflait. Je suis retourné au bar et j’ai calé ma pinte avec ma belle Zoé.