…Lorsque je suis arrivé devant ma porte, j’ai remarqué qu’il y avait de l’activité insolite dans le bosquet tout à côté. Ça grouillait, comme eût dit mon paternel. N’écoutant que ma curiosité, j’ai décidé d’aller jeter un coup d’œil de plus près. J’ai commencé à farfouiller dans les feuilles, à la recherche de ce qui pouvait s’y cacher. J’ai rapidement trouvé un pigeon tout blanc, transi de peur et sûrement blessé. Est-ce la peur qui l’a rendu si pâle? ai-je blagué à part moi. Il faut sans doute mentionner que j’étais saoul ce soir-là et quand je suis dans cet état, je ne suis pas toujours très spirituel. Le volatile étant de la même famille que les colombes, il peut ressembler étrangement à ceux-ci lorsqu’il est blanc : je l’ai donc immédiatement aimé. Je le prends sous mon aile, me suis-je dit bêtement. Dès que je me suis rapproché pour le prendre, il a pris la poudre d’escampette. Comme, effectivement, il était mal en point, il n’a pu monter plus haut qu’un ou deux mètres et s’est fracassé sur une portière de voiture de l’autre côté de la rue. Il avait une aile amochée, mais pas cassée, en avais-je conclu.
Voulant remplir ma mission jusqu’au bout, j’ai traversé la rue, lentement, pour ne pas, à nouveau, effrayer l’oiseau. Il avait les yeux grand ouverts et, mis à part qu’il tremblait comme une feuille, il était immobile. Je me suis penché vers lui et lui ai doucement flatté la tête, en lui assurant que jamais je ne lui ferais de mal. À ce moment-là, je me remémorais les sages paroles de ma maman qui m’avait dit de ne jamais touché les pigeons ou les écureuils, que ceux-ci étaient des maladies ambulantes. Au diable tout ces conseils, me suis-je dis, cet oiseau n’est pas malade, sinon je le saurais. Pendant ce temps, subtilement, un des chats du quartier, ayant analysé la scène, s’était approché. Dans sa petite tête de félin, il s’était sans doute dit qu’il me volerait mon dîner. J’ai alors tenté de le faire fuir, en lui faisant un « kshhhhhhhhhh », mais au lieu de l’effet désiré, c’est le pigeon qui a foutu le camp. Il est allé s’affaisser entre deux autos sur mon côté de la rue.
Alors, j’ai retraversé la rue et je suis venu m’assoir sur le bord du trottoir, tout près du columbidé. Je ne savais pas quoi faire pour l’aider. Si j’appelle la SPA, ils vont me traiter de cave, c’est certain, me suis-je dis, découragé. Si je l’entre chez moi et que je lui fais un bandage, Megan, ma chatte, n’en aura rien à cirer et dès que j’aurai le dos tourné, elle s’en fera un hors-d’œuvre. Si je le laisse là, c’est l’autre minou qui s’en chargera. J’en étais à ces pensées lorsque ce dernier, furtivement, s’est approché de la fausse colombe et lui a envoyé deux ou trois rapides jabs derrière la tête; le tout sans que je puisse avoir le temps de réagir. Cela m’a fait rire aux éclats tellement j’étais surpris de la science du félin. Je me suis alors demandé s’il était vraiment de mon ressort de prendre parti pour l’un ou l’autre des animaux. Je redevenais lucide. Je changeais d’idée. Je n’avais subitement plus envie de jouer à Dieu. Qui suis-je pour empêcher la loi de la nature de suivre son cour?, me suis-je interrogé pertinemment. La réponse ne tarda pas à venir : Me prendre pour un reporter du National Geographic est une chose, me prendre pour Dieu en est une autre, ai-je conclu. Alors, tout aussi rapidement que j’avais prix l’oiseau en affection, j’ai aimé le chat et, étant convaincu que l’univers tournait dans le bon sens, je m’en suis en aller dormir.
Lorsque je suis sorti de chez moi le lendemain matin, il faisait un temps magnifique et le fauve était au pied de mon escalier. Il m’a souri tout en crachant une plume blanche et il s’est frotté tout contre ma jambe. Je lui ai souhaité une bonne journée et je suis parti le cœur léger en me disant que oui, je ne suis qu’un spectateur.
Nous ne sommes souvent que des spectateurs... oui.
RépondreSupprimerSuperbe texte. Ça phylosophise dans le ciboulot.
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