Je suis rentré du travail dans un état d’excitation qui présageait déjà que je n’allais certainement pas demeurer tranquille toute la soirée chez-moi à zapper les innombrables chaînes du réseau télévisuel. Il fallait que je bouge. J’avais vraiment le feu au cul.
J’ai mangé une croûte, fumé deux ou trois cigarettes et ensuite j’ai commencé à me mordiller les lèvres et surtout à me dandiner. Mon corps redevenait maitre de lui-même et où mon corps irait, j’irais. J’ai lâché un coup de fil à M.; pas de réponse. Fuck-off, me suis-je dis, je traverse le boulevard et je m’en vas dret au pub.
Je n’ai même pas pris le temps de digérer, j’ai enfilé mes espadrilles et je suis sorti précipitamment de mon appart qui était ma foi trop sale pour y pourrir. C’est ainsi que je me suis retrouvé accoudé au bar, l’esprit festif et les cheveux en bataille. Que dis-je? La tignasse en guerre.
Aussitôt arrivé, j’ai commandé une brune à M.A. tout en jetant un coup d’œil circulaire sur la place. Il y avait beaucoup de gens pour un lundi; tant mieux. Ma pinte ne m’était pas encore servie, mon radar pas encore en fonction et voilà que cette superbe fille, C., s’approchait du bar et commandait un pichet de sangria. Soudainement ma tête ne bougeait plus, mon radar se détraquait: cette fille était trop agréable à regarder. Elle était grande avec des cheveux sombres, soyeux et des yeux pénétrant qui lui conféraient un air de mystère. Elle avait tout parfaitement correct et à la bonne place; une vraie belle fille en somme. Salut, ça va? m'a-t-elle demandé nonchalamment et en me surprenant. Tellement bien, ai-je rétorqué en souriant, le cœur léger. Pas mal plus que ça même, me suis-je dit en m’échauffant. Par la suite j’ai cherché quelque chose à ajouter, mais je n’ai rien trouvé. J’étais pris au dépourvu, rouillé en quelque sorte. Tabarnak, je viens de la manquer celle-là ai-je pensé en me refroidissant. Elle était retournée s’asseoir avec ses amis (un gars et trois filles) et moi, avec mes amis français et quelques autres habitués de la place sur la terrasse de ce pub. Ce furent aussi d’agréables moments, mais je n’en dirai pas plus.
Un peu plus tard dans la soirée, M. s’est finalement pointé. J’étais toujours à l’extérieur lorsqu’il est arrivé. On s’est serré la main de la bonne vieille façon et aussitôt, il est entré en-dedans en me disant qu’il avait aperçu quelques collègues de travail. OK, je fume ma cigarette et je te rejoins, ai-je dit pour dire quelque chose.
Quelques instants plus tard, je suis entré à mon tour et ai cherché M. des yeux. Et où était-il? Eh oui, il était assis à la même table que C. et sa bande. Ils travaillaient souvent ensemble, lui et C., en fin de compte. La vie peut être tellement bien faite des fois, me suis-je dit à part moi, ragaillardi. Je me suis tiré une chaise et me suis approché un peu cavalièrement tout en demandant, pour la forme, si je pouvais me joindre au groupe. C. a posé son regard sur M. puis sur moi et nous a demandé, perplexe: Vous vous connaissez? Elle a ajouté en me regardant de ses yeux coquins : Je pensais que tu venais t’asseoir ici parce que tu me trouvais cute. J’étais subjugué encore une fois, mais dès lors le froid ne pouvait plus m’atteindre. J’ai rapidement entamé la conversation avec la belle. Nous avons surtout échangé sur la littérature et c’est allé bon train mis à part un épisode fâcheux où il était question de ketchup que j’avais chez-moi et qui était à sa disposition. J’ai effacé ce passage de ma mémoire, désolé.
Au terme de la veillée, nous avons convenu de partir, M. C. et une amie de celle-ci, à l’appart de C. pour fumer un joint et déconner un peu. L’amie de C. se sentant en état de conduire, les deux filles partirent ensemble. Nous devions, moi et M., aller les rejoindre lorsque nos verres seraient terminés.
Ensuite, comme M. traînait et jasait avec les mecs qui étaient resté attablés, je lui ai demandé abruptement: Fa que, on y va tu ou quoi? Ce à quoi il a répondu d’un air désintéressé: Bof, j’pense que ça me tente plus trop d’y aller, c’est loin et tatata. Je n’en croyais pas mes oreilles! J’ai littéralement explosé: Tabarnak, M! Si j’avais su, j’aurais embarqué avec les filles et à l’heure qu’il est je serais en train de fourrer. Mon corps seul avait crié. Le silence fut complet et instantané autour de la table, jusqu'à ce qu'un gars, un ami de C., pose une question qui a candidement brisé ce silence de mort. Comme il ne m’avait pas adressé un fichu mot de la veillée et que je venais à peine de dire adieu à C., lorsqu’il m'a demandé de laquelle des deux filles je parlais, j'ai ajouté bêtement: C’est pas de tes criss d’affaires. Le mec est resté pantois et, sagement (beaucoup plus que moi), n’a rien dit. Je venais de faire un Karamazov de moi-même, un hosti de Karamazov dans le genre Fiodor Pavlovitch. M., toujours calme et sentant mon trouble, a dit : OK on y va. Nous avons payé nos bières et sommes sortis. Je m’en voulais à mort parce que cette fille me plaisait et que ce gars ne m’avait rien fait de mal. J’avais malencontreusement inséré le mot «fourrer» dans ma phrase alors que je parlais de l’amie du mec en question. Cétait normal qu’il pose la question. Fourrer. Fourrer. Je l’avais dit.
Par la suite, alors que nous descendions la rue d’Iberville dans le pick-up de M. en route vers le paradis, celui-ci a appelé l’amie de C. pour s’enquérir de l’adresse où nous devions les rejoindre. Mauvaise nouvelle: l’amie de C. avait changé d’idée et allait plutôt se coucher, mais C. nous a dit que si nous le désirions, nous pouvions aller la rejoindre chez elle. Il était 23:02 et la bière était désormais inaccessible, ce qui a achevé de décourager mon copain qui m'a alors dit qu’il irait me reconduire chez C. jusqu’à l’autre bout de la ville, mais que lui reviendrait immédiatement chez lui. Après avoir réfléchi un tout petit peu, j'ai trouvé cela inconvenant et on a annulé le projet. Ah! Ce M: il assure toujours jusqu’au bout, philosophais-je. À plus, peut-être, belle C. fut mon dernier songe.
Le lendemain matin , je me suis réveillé avec la gueule de bois et en boucle la phrase «C’est pas de tes criss d’affaires» tournait dans le sens contraire de celui de ma tête qui tournait également. Mais déjà, après quelques jours, cette histoire est reléguée au rang de l'anecdote et demain ce ne sera plus que des mots sur un écran, des pixels noirs, des pixels blancs, des bits dans votre ordinateur, un concensus d'électrons.
t'as oublié la belle B. qui fait toujours son entrée en haut du pub.... ;-))
RépondreSupprimerAh oui celle-là! La belle B. Je n'ose pas l'évoquer
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