dimanche 15 novembre 2009

Les plantes

Quand je me suis finalement levé de mon lit ce matin, je me sentais étrange. Tout était aussi brumeux que ce l’était depuis les trois ou quatre derniers matins. Je ne m’en fais pas trop avec ça; le pharmacien m’avait soigneusement mis en garde sur les effets de ce médicament : champix (un médicament pour cesser de fumer). Ce composé chimique à, entre autres effets secondaires possibles, le fâcheux attribut de vous empêcher d’atteindre un sommeil profond. Donc, quelque part entre le sommeil paradoxal et le sommeil léger, j’erre la nuit durant dans un monde de rêves et parfois, aussi, de cauchemars. Vous imaginez, lorsque vous vous réveillez tout de suite après un rêve, comment vous vous sentez? Eh bien appliquez cela à une nuit entière, passant d’un songe à l’autre. Je sens vraiment le sol sous mes pieds qu’après deux ou trois heures d’éveil. Mais, ce n’est pas désagréable au fond, au contraire, je trouve cela plutôt calmant d’essayer de trouver un sens à ses rêveries.

Un des rêves que j’ai fait cette nuit se déroulait dans un environnement d’où les rayons du soleil étaient absents, j’étais dans un monde gris et poussiéreux, et c’est tout ce dont je me souviens. Si je dis cela c’est que la première chose que j’ai eu envie de faire ce matin, c’était d’aller chez le marchand de plantes pour me procurer un petit arbre; j’imagine qu’il doit y avoir un lien. Donc, après ma dernière cigarette de matin (ma date choisie pour arrêter de fumer est demain), je me suis habillé à la va vite et suis allé ouvrir la porte du frigidaire pour me donner des idées pour le déjeuner. Ça allait être simple ce matin : toasts au beurre de pinotte, quelques clémentines, activia au pêches et un grand verre de lait; tout ça pas de niaisage que je me suis dit. J’ai allumé le rond de poèle pour les toasts, parce que les toasts c’est bien meilleur cuit sur un cintre que dans un toaster, et j’ai commencé à peler mes clémentines en scrutant la seule plante de mon appartement. J’ai vraiment pensé que je l’avait échappé celle-là et qu’il faudrait faire le nécessaire dès aujourd’hui; une plante à moitié morte, c’est pire que pas de plante du tout, c’est trop lugubre. J’ai donc, en beurrant mes toasts, résolu que je devrais aussi redonner vie à cette plante en la repotant (je ne sais si cela se dit, mais je suis certain que vous en comprenez le sens). J’ai fini de bouffer en essayant de donner un sens aux images nocturnes qui demeuraient à la surface de mon conscient; aux ours, aux filles nues, aux maisons inconnues...

Ensuite, après avoir enfilé mes souliers de police shinés et mon coat d’hiver, je suis sorti, l’air nonchalant, pour aller chez ce marchand, asiatique, de plantes que j’avais remarqué dernièrement. Il est juste à côté de l’endroit où il y avait un épicier métro quand j’étais gamin au coin de Delorimier et Rosemont. Je me souviendrai toujours de ce métro; c’est là où, à l’âge de cinq ou six ans, j’avais échappé une grosse chaudière en verre, de je ne sais trop combien de kilos, de beurre de pinotte d’ourson. Ma mère m’avait dit de ne pas y toucher, que c’était trop lourd, mais moi, je les aimais les oursons. Quand j’ai voulu transférer la chaudière de la tablette à notre carrosse, elle m’a glissé des mains et c’est fracassé sur le plancher de tuile et le contenant à volé en éclat pendant que le contenu gardait plus ou moins sa forme initiale même sur le sol. Je me souviens avoir pleuré comme une madeleine; c’est tout ce que je pouvais faire de toute façon; ça m’a marqué. En me remémorant cet épisode, je suis donc entré chez le marchand de plantes et ai commencé à faire le tour; il n’y avait pas grand-chose à part un arbre un peu sans feuilles d’un côté que la dame asiatique voulait me laisser pour quinze piastres. J’ai acheté sans rien dire de plus, puisque la dame n’aurait pas compris un traitre mot de toute façon, et je suis ressorti avec mon arbre sur les bras.

En revenant, je me suis arrêté à la pharmacie pour me procurer des advils, cette pharmacie, qui était jadis une petite librairie de quartier. Je me suis souvenu que lorsque j’étais gamin et que j’allais à l’école primaire, je m’y arrêtais de temps en temps pour m’acheter des petits livres. Pendant que les autres écoliers s’achetaient des avions en styrofoam ou des casse-geules, moi j’achetais des petits bouquins; «J’en ai tu mangé des coups de pied dans l’cul à cause de ça?» Je ne vous raconte pas. Heureusement, quelques années plus tard, au début du secondaire, je mesurais déjà six pieds et je ne lisais plus, alors c’est moi qui distribuais les pieds au cul. Sur ces pensées, je suis ressorti en ouvrant le pot de pilules et je m’en suis enfilé deux avec la certitude que mon mal de tête serait disparu dans vingt minutes. Sur le chemin du retour, je n’ai pensé à rien, je ne faisais qu’attention à ma plante.

Quand je suis arrivé chez-moi, j’ai tout de suite déballé les sacs de terre qui attendaient depuis hier et je me suis mis les deux mains dedans comme on dit. J’ai fais un nid tout neuf à chacune de mes deux amies du soleil. J’ai dépouillé ma vieille plante de ce qui était mort sur elle et je l’ai replantée dans son nid merveilleux qui la fera resplendir à nouveau. Elle m’a souri et je lui ai rendu sons sourire. Elle sait que je ne la laisserai plus jamais tomber maintenant. Quant à l’arbre, nous avons discuté une bonne heure ensemble; il a essayé de m’expliquer tout ces besoins, mais je n’ai rien compris, alors ce sera à la va-comme-je-te-pousse pour les premiers temps. L’asiatique, m’a dit trois jours. Trois jours quoi? J’imagine que c’est la fréquence d’arrosage. On verra si j’ai le pouce vert.

De la vie dans mon appart….

4 commentaires:

  1. Tu as donc arrêté aujourd'hui, bravo!

    Tes rêves ont l'air pas mal. ;)

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  2. J'aime beaucoup l'utilisation que tu fais du présent pour retourner dans le passé! Même si c'est assez classique comme technique et que tu ne peux pas faire tout un roman comme ça, c'est très agréable à lire! Bravo! J'ai adoré!

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  3. repotant?? empotter est le bon mot!

    Dommage que tu n'as pas cesser de fumer parconte :(

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  4. Et puis comment vont les plantes?

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