dimanche 2 août 2009

L'appart

C’tait l’premier step su’ ma run. Le soleil ‘tait toujours éclatant su’ son balcon. Quand j’sortais d’ma shed le matin, c’est là qu’j’allais pour commencer ma journée parc’que tout l’temps y’avait d’quoi à bouffer. A mettait t’jours les croquettes en d’ssour du barbecue pour que quand i mouille ça fasse pas d’la bouette; c’est vraiment apprécié c’genre d’attention pour un matou crotté comme moé. Quand j’me bourrais ‘a face, j’la voyais qui m’spotait a’ec ses yeux doux. A ‘vait l’air de s’ennuyer solide pour s’intéresser à un chat d’ruelle comme moé.

Une fois, a m’avait laissé une belle surprise : une canne de thon frais. J’vous dirai pas que j’tais content; j’touchais pu à terre. Pendant que j’léchais le jus dans l’fond du bol, a en a profité pour ouvrir la porte. Quand j’ai eu fini d’m’empifrer et qu’j’me su’ r’virer d’bord, j’su’ tombé face à face a’ec son pied, ou face à pied, ou qu’est-ce vous voulez. J’me su’ écrasé d’peur, j’l’ai r’gardé et j’me su’ vu dans ses beaux yeux bleus. Pis là, sans penser, j’me su’ frotté su’ sa jambe a’ec la queue en l’air. A m'a dit : «Qu’es-ce tu fais p’tit minou?» a’ec sa voix douce. J’me su’ écrasé encore. A est rentré chez elle et a laissé sa porte ouverte. J’su’ resté planté là pendant dix minutes; j’avais envie d’rentrer, mais j’avais peur; ça faisait tellement longtemps que j’tais pas entré dans un appart.

En fin de compte, j’ai pas pu résister. J’ai fais mes griffes et j’su rentré a’ec l’adrénaline dans l’tapis. La porte a claqué en arrière de moé. Là, la fille est rapparue a’ec un bol d’eau frette dans ‘es mains qu’a a mis à côté du poêle. Moé j’bougeais pas, pis j’la r’gardais, pis j’attendais qu’a fasse de quoi. A a commencé à m’parler doucement, pis a s’est approché, pis a a commencé à m’flatter. J’me su’ farmé ‘es yeux, pis j’me su’ laissé faire, pis j’ai ronronné pour la première fois depuis longtemps.

Après ça, a m’a gardé là pendant une coup’ de s’maines. Même si j’pensais pu r’tourner jamais dans un appart, faut j’admet’ que j’tais ben. Y’avait toujours une litière prop’, d’la bouffe et d’l’eau dans ‘es bols et des émissions d’animaux a tv. On dormait collés dans son litte, pis moé je l’endormais en y ronronnant dans ‘es oreilles, a m’flattait, a m’parlait, a m’faisait des bons p’tits plats, a voulait j’rest’a’ec elle. J’avais même perdu l’envie d’aller dehors. Hostie qu’j’tais ben.

Pis, un m’ment donné, d’même, sans avertiss’ment, un jour qui pleuvait, a m’a crissé a porte. A m’a jus’ dit : «tu perds trop d’pouèle». A m’a pogné, a m’a câlissé su’ l’balcon, pis a a claqué ‘a porte. J’su resté là deux jours à essayer d’comprendre c’que j’avais faite, mais j’l’ai jamais su. A m’aimait pu, that’s it

5 commentaires:

  1. Un vrai langage de matou de ruelle, c ben ecrit a part de d'sa, le matou retourne dans sa ruelle apres avoir gouté un peu au luxe d'être traité comme un roi, dur dur la vie de matou.

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  2. Bonne chute ton texte. Touchant. Et pis j'ai ri d'un éclat de rire très spontané : A m’a jus’ dit : «tu perds trop d’pouèle».

    Très bon dernier paragraphe...

    Y a beaucoup de ''senti'' dans ce texte.

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  3. @ laccroc: Bof je m'ennuyais de mes poubelles anyway

    @ Cannelle: ;)

    @ Dominique: Moi aussi je riais quand j'ai écris ça

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  4. Pauv' ti mine. Mais c'est peut-être mieux de même: ara pu t'raser!

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