Je suis le copilote d’un véhicule qui file à un rythme effréné. Je suis le passager d’une décapotable rouge qui fonce vers un mur infranchissable. Ce mur je ne le vois pas maintenant, mais il existe; je l’ai vu dès le début. Étrangement, plus nous avançons vers ce mur et moins je le vois; il devient flou. Je n’y crois pas moins pour autant, mais je ne peux plus le situer, alors je crains que nous le percutions et ça m’excites.
Quand elle est venue me proposer cette course, alors que j’étais au bord de la route depuis un bon bout de temps, la chose qu’elle m’a demandée c’était : « Tu vois ce mur là-bas, au loin? Si tu veux, tu monte avec moi et je t’amène jusqu’au mur. Tu auras fais un bout au moins» J’ai répondu que je ne désirais pas aller me péter la face contre ce mur. Elle a rétorqué que nous n’étions pas obligés d’aller absolument se fracasser contre le mur, mais simplement que nous ne pourrions aller au-delà, c’est tout. J’ai ajouté que je n’aimais pas les balades du dimanche. «Moi c’est 100 à l’heure, sinon je marche» que je lui ai dit. Elle a ouvert la portière, sans rien dire. J’ai craché par terre, je suis monté et l’ai embrassée passionnément. Depuis, nous accélérons sans cesse; le 100 à l’heure est largement dépassé. Je suis incapable de jauger la vélocité que nous avons atteinte. Elle me dit que je peux descendre quand je veux, que je n’ai qu’à lui dire de freiner, mais ça je n’en serai jamais capable; le mot frein est effacé de ma mémoire. Il est impossible de sauter du véhicule en marche; ça ferait autant de casse qui si je m’écrasais sur le mur. Je suis grisé et elle aussi. Je ne lui demande pas si elle voit le mur puisque je sais qu’elle le voit; c’est son mur. Je la laisse conduire et je lui fais l’amour et nous accélérons. Je ne regarde même plus à l’extérieur de notre bagnole, je n’ai de yeux que pour elle, ses cuisses, ses seins. Et dès que je reprends mon souffle, je la reprends elle aussi et je pense au mur; je ne dois l’oublier à aucun prix, même si je ne le vois pas. Je sais que nous n’avons pas changé de cap et que nous freinerons à temps, mais l’inertie... Je sais que le fin du trip arrivera et je crois que c’est cela qui rend la course plus folle. Tout est trop lent en dehors de notre progression. Nous irons jusqu’au mur, je descendrai du bolide, j’escaladerai difficilement ce mur et je continuerai mon chemin au-delà à pieds.
Oui mais apres ce mur, si jamais tu l'atteint, de l'autre coté sera peut-être la ride de ta vie. Et que plus aucun mur ne se dressera devant toi. Je te le souhaite.
RépondreSupprimerÇa c'est avoir du sang froid! ;)
RépondreSupprimer@ laccroc: C'est sûr que je me rendrai au mur et aussi que j'irai au-delà. La vie est remplie de ces murs. Habituellement, ces murs on ne les sens pas venir; c'est différent cette fois.
RépondreSupprimer@Cannelle: sang froid ou tête brûlée? Je ne sais trop. Pour l'instant, mon sang est bouillant